Cinéma - La tournée d'adieu

Le cinéaste Fernand Dansereau communique sa vision des choses aux actrices Monique Mercure et Suzanne Clément sur le plateau de tournage du film La Brunante.
Photo: Le cinéaste Fernand Dansereau communique sa vision des choses aux actrices Monique Mercure et Suzanne Clément sur le plateau de tournage du film La Brunante.

Non seulement La Brunante est-il un film sur la mémoire chancelante d'une femme au soir de sa vie, mais il représente aussi le bilan (partiel) d'un homme de cinéma qui va bientôt tirer sa révérence et dont la carrière s'échelonne sur plus de 50 ans. Car derrière la filmographie de Fernand Dansereau se cachent d'intenses périodes de travail comme producteur à l'ONF et, surtout, de brillantes contributions en tant que scénariste (Les Filles de Caleb, Caserne 24). Et ce n'est pas un hasard si des comédiens comme Vincent Graton, Louisette Dussault et Maryse Gagné y défendent de petits rôles, eux qui à l'époque jouaient dans la populaire série Le Parc des braves, aussi écrite par Dansereau.

***
La Brunante
Réalisation et scénario: Fernand Dansereau. Avec Monique Mercure, Suzanne Clément, Patrick Labbé, Stéphane Gagnon. Image: Philippe Lavalette. Montage: Hélène Girard. Musique: Francine Beaudry, Marc Larochelle. Québec, 2007, 100 min.
***

Comme cinéaste, l'un de ses plus grands films demeure encore à ce jour ce merveilleux bijou de court métrage qu'est Ça n'est pas le temps des romans (1967). Dans cette réflexion sur la vie de femme, d'épouse et de mère dans un cadre enchanteur, le talent et la beauté de Monique Mercure brillaient de tous leurs feux, semblables à ceux qui contribueront plus tard à l'éclat de J. A. Martin photographe, de Jean Beaudin. C'est ce personnage qui retrouve une nouvelle vie dans La Brunante, montrant le chemin parcouru par une femme autrefois lumineuse malgré ses doutes, aujourd'hui assaillie par l'âge et l'angoisse.

Craignant de devenir l'ombre d'elle-même après que la maladie d'Alzheimer aura terminé ses ravages, Madeleine (Mercure) décide d'en finir, sauvée in extremis, et tout à fait par hasard, par Zoé (Suzanne Clément), une jeune musicienne elle aussi au bord du précipice, poursuivie par des vendeurs de drogue. Madeleine y voit la compagne parfaite pour effectuer un long périple, de Montréal à Gaspé, afin de retrouver ceux qu'elle aime et de contempler les lieux dont la beauté l'apaise. Ce voyage, marqué par de touchantes retrouvailles avec sa progéniture, des rencontres inopinées avec des inconnus et de violents accès de rage, signes évidents d'un mal qui s'incruste, devient l'album d'une vie pour l'aînée et un moment de sagesse pour la cadette.

L'insertion judicieuse d'extraits de Ça n'est pas le temps des romans donne à Madeleine encore plus d'étoffe, comme si sa mémoire déclinante possédait son propre visage, et une authenticité incontestable. C'est d'ailleurs pour la retrouver, ou tenter de préserver ce qu'il en reste, que les deux femmes s'engagent sur les routes du Québec, prétexte à quelques échanges lourdement symboliques (sur la composition du lichen ou les joies du deltaplane) et à l'apparition de personnages qui s'éclipsent parfois trop vite, comme cette amie (Catherine Bégin) réduite au silence par la maladie.

Actrice au charisme indéniable, force de la nature, Monique Mercure revient enfin au cinéma dans un premier rôle alors que son prix d'interprétation à Cannes dans le film de Beaudin fut pratiquement une fatalité, ou du moins un frein à sa carrière au cinéma. Mais La Brunante n'est pas un one-woman-show, car Suzanne Clément sait imposer sa présence malgré les contours caricaturaux de son personnage, supposément une chanteuse de talent...

Avec beaucoup plus de finesse que dans Doux aveux (1982), un échec qui allait mettre en veilleuse la carrière du cinéaste, Fernand Dansereau revient au thème de la solidarité entre les générations. C'est d'ailleurs ce qui donne à La Brunante son véritable charme, dépassant les constats cliniques sur une maladie sournoise, célébrant l'amitié comme ultime remède aux traîtrises du corps et à l'absurdité de la vie.

Collaborateur du Devoir