Du courage à la lutte

Anaïs Barbeau-Lavalette avec Maxime Desjardins-Tremblay, le jeune héros de son film, Le Ring
Photo: Pascal Ratthé Anaïs Barbeau-Lavalette avec Maxime Desjardins-Tremblay, le jeune héros de son film, Le Ring

Son premier long métrage, Le Ring, ouvrait jeudi, en plein Festival du nouveau cinéma, les festivités du 40e anniversaire du cinéma Parallèle. Il prendra l'affiche vendredi prochain sur cinq écrans du Québec, puis sera projeté au prochain Festival de Berlin.

Elle est belle et lumineuse, tournée comme un tournesol du côté de l'engagement social. Voici qu'Anaïs Barbeau-Lavalette lance ici son premier long métrage de fiction, déjà présenté au Festival de Pusan, retenu au prochain rendez-vous de Berlin.

Le Ring, oeuvre coup-de-poing, a pour cadre le quartier chaud d'Hochelaga-Maisonneuve, là où les enfants n'ont pas toujours la vie facile. Le héros est un jeune garçon (incarné par le merveilleux Maxime Desjardins-Tremblay), grand amateur de lutte, écartelé entre une mère fuyante et un père dépassé, ami d'un clochard au grand coeur.

Anaïs Barbeau-Lavalette est cette toute jeune cinéaste qui nous avait donné en 2000 le documentaire Les Petits Princes des bidonvilles, adapté de son expérience théâtrale avec des jeunes défavorisés du Honduras. Elle a aussi réalisé avec Arnaud Bouquet Si j'avais un chapeau, donnant la parole à des jeunes de plusieurs régions du monde. À sa feuille de route aussi, toujours dans le champ du documentaire: Les Mains du monde. Ceux qui savent encore rêver. Un mois par année, Anaïs part dans la communauté algonquine de Kitcisakik participer au projet Wapikoni mobile, création de films dans les communautés autochtones.

Bon sang ne saurait mentir. Tout le monde lui parle de sa mère Manon Barbeau, à qui elle ressemble physiquement et dont l'oeuvre engagée semble avoir servi de trame à la sienne. Mais Anaïs veut justement s'en affranchir. Sa mère n'a pas lu le scénario et découvrait Le Ring lors de la première jeudi.

Par contre, le père d'Anaïs, Philippe Lavalette, célèbre directeur-photo, y a tenu la caméra et s'est révélé pour elle d'une aide précieuse. «Nous avons eu ensemble un dialogue constant», dit-elle.

Une vraie catharsis

Le Ring aborde le monde de la lutte, ce théâtre populaire violent et coloré où deux hommes s'empoignent alors que les matchs sont organisés par les gars des vues. «C'est une vraie catharsis, précise-t-elle. Chacun se défoule par lutteurs interposés. Bien entendu, j'ai vu et admiré le film collectif La Lutte, l'oeuvre collective québécoise de 1961, mais l'époque a changé.» Anaïs se dit nourrie du cinéma social des frères Dardenne, de Rosetta au Fils, influencée aussi par le merveilleux film L'Esquive d'Abdellatif Kechiche.

Les productions de divertissement, elle n'a rien contre, mais elles ne sont décidément pas sa tasse de thé. Elle souhaite que Le Ring, en sensibilisant le public, permette la création de nouvelles structures d'aide, ouvre les Montréalais à un quartier entaché d'une mauvaise réputation, avec seringues et prostitution. «Alors qu'il y a tellement plus.»

Il s'agit du second long métrage (après 1er juillet) d'un programme destiné aux anciens étudiants de l'Institut national de l'image et du son (INIS), cette école de cinéma fondée à Montréal il y a douze ans. La scénariste Renée Beaulieu s'est mise à l'écoute de l'univers d'Anaïs. «Je lui ai raconté Hochelaga-Maisonneuve, en lui présentant les jeunes que je connaissais. Sur le plateau, là où j'étais inflexible, c'était à propos du niveau de langue. Les acteurs devaient parler comme les gens du quartier. Mais diriger les acteurs m'a plu, comme il m'a plu de créer des personnages de la tête au coeur. Dans ce métier, il faut apprendre à se faire confiance. Quoique, jusqu'au dernier montage, j'aie douté de mes choix, bien entendu.»

Depuis le temps qu'Anaïs Barbeau-Lavalette s'engage corps et âme auprès des jeunes d'Hochelaga-Maisonneuve, elle a l'impression de bien cerner le sujet de cette première fiction. La jeune femme participe au mouvement d'implication sociale des Amis du docteur Julien. «Je suis bénévole dans le quartier depuis sept ans, dit-elle. Déjà, dans Si j'avais un chapeau, le quartier et le sport de la lutte étaient les sujets d'un segment de mon documentaire.» En 2001, elle a pris une petite fille de 12 ans sous son aile, l'a fait sortir, lui a montré des horizons nouveaux. «Elle avait besoin de modèles alternatifs... »

Maxime Desjardins-Tremblay a grandi et vit toujours dans le quartier. Il avait été découvert au cinéma par Carole Laganière dans son documentaire Vues de l'Est. Le jeune garçon aime la lutte et a été choisi parmi 150 acteurs pour incarner le héros du Ring. «Comme mon personnage, je pense qu'il ne faut jamais lâcher, déclare-t-il. Mais je suis moins influençable que lui.» À l'instar de son Jessy, il a connu la séparation de ses parents: «J'ai connu des moments difficiles.» Ça l'embête que Le Ring ait été classé «pour 13 ans et plus», parce qu'il voudrait que les enfants de douze ans puissent aller le voir. «Tant d'entre eux ont besoin d'aide.»

Entre lui et Anaïs, ce fut la lune de miel.

«Je suis à l'aise avec les enfants. Ils n'ont pas de masques. On peut tout leur dire», confie la cinéaste. C'est pourquoi ils sont si nombreux dans son univers et dans sa vie. «Mon film parle de résilience, de petits battants qui se tirent des pires situations. Le Ring livre un message d'espoir. Moi, je dis que la meilleure façon de faire de la résistance, c'est d'être heureux... On n'est pas impuissant. Il y a mille choses à faire. Juste dans Hochelaga-Maisonneuve, allez sur le site d'AED, l'Assistance aux enfants en difficulté. Chacun peut s'impliquer.»

Anaïs songe déjà à un film sur la Palestine, un milieu où elle a travaillé sur un précédent documentaire. Quant à Maxime, qui décidément veut faire une carrière d'acteur, il a joué le premier rôle dans le récent Ma mère est chez le coiffeur de Léa Pool, une comédie campée dans les années 60 tournée à Beloeil, encore à l'étape du montage.

Ceux qui désirent en connaître davantage sur l'aventure du Ring peuvent consulter les dossiers qui lui sont consacrés dans les trois derniers numéros du magazine Cinébulles.