Un miroir très dur, très noir

Les Latinos forment une énorme clientèle aux États-Unis. Reste à les courtiser et à les attirer au cinéma en leur offrant des films faits sur mesure pour leur pomme. Histoire de viser cette cible, les studios Universal se sont associés à Arenas Group (spécialisé dans la publicité et les produits destinés à une clientèle issue de l'Amérique latine) pour former Arenas Entertainment.

Empire, écrit et tourné par Franc. Reyes, est donc le premier enfant de cette union. Reyes est issu du South Bronx, à New York. Il a connu les gangs de rue, le règne du crack. Son premier film, Empire, témoigne de cette réalité dans une tonalité rouge et noire.

Bien fait quoique très dur mais sans vrai éclat, ce film se déroule dans le South Bronx, bien entendu, mais aussi à Miami et à Porto Rico. Il trouve son intrigue dans le milieu de la pègre venue de l'Amérique latine, sanglante comme toutes les pègres du monde. Film de gangsters, donc, celui-ci donne la vedette à John Leguizamo dans la peau de Victor Rosa, un chef de rue qui croit pouvoir prendre du galon en s'acoquinant avec un jeune investisseur à la Bourse, Jack (Peter Sarsgaard). La copine de Victor, Carmen (Delilah Cotto), est enceinte. Son mec rêve de pouvoir vivre à Soho en famille, en tout bien tout honneur, mais bien évidemment, l'escalade de violence sera au rendez-vous et les crimes de sang répondront aux crimes de sang. Le héros se retrouvera enserré dans une monstrueuse toile d'araignée.

La caméra d'Empire est intéressante, les personnages tordus à souhait, mais le scénario ne maintient pas l'attention en éveil bien longtemps et les acteurs ne font guère d'étincelles. Aucun d'eux ne s'impose comme une future grande star. On s'ennuie vite au spectacle de ces assassinats pleins d'hémoglobine et de ces héros peu sympathiques. Pour une première production hollywoodienne destinée aux Latinos, Universal leur sert un vrai steak tartare qui ne saurait être consommé par tous les publics. Le film tend un miroir très dur, très noir à sa clientèle cible. Il y a bien une petite morale servie au dénouement pour dire que le crime ne paie pas, mais en gros, Empire flattera surtout les goûts des ados latinos qui portent le couteau à la ceinture. Reste à voir ce que nous réservent les futurs rejetons d'Arenas Entertainment, une formule très prometteuse qui se cherche encore.