Cinéma - Un jumelage payant

Sans être le plus grand film de Harold Ramis, le désopilant Analyze This, sorti il y a cinq ans, aura l'insigne honneur d'avoir fait germer dans l'esprit de scripteurs et producteurs de télévision l'idée de la série The Sopranos. Il n'y a en effet rien de plus comique, de prime abord, qu'un chef de la mafia déballant ses états d'âme devant un psychologue muselé par la consigne du secret professionnel.

L'idéateur de Ghostbusters et scénariste-réalisateur de Groundhog Day et Multiplicity (pour ne nommer que ses meilleurs opus) a donc décidé, devant le succès de la série, et le bon souvenir laissé par Analyze This, de remettre en présence ses deux antihéros et d'exploiter une fois encore les situations rocambolesques que pareil jumelage inspire.

Le résultat a beau fleurer l'opportunisme, le scénario donner l'impression d'avoir été écrit sur un coin de table, il reste que ce boulevard du crime est plus drôle et tonifiant que les bêtises dont certains producteurs québécois nous affligent par les temps qui courent.

Bien qu'il feigne de nous emmener une coche plus loin dans l'amitié forcée des deux personnages, Analyze That (on ne s'est pas forcé les méninges pour le titre) nous ramène exactement là où le premier film nous avait laissés, lorsque des circonstances exceptionnelles ont conduit Paul Vitti (Robert De Niro), petit parrain de la mafia de Brooklyn, sur le divan d'un analyste. Aujourd'hui comme hier, ce dernier voit plus clair dans la vie des autres que dans la sienne, passée dans une banlieue ensommeillée de Long Island auprès d'une épouse apathique (Lisa Kudrow).

Dans les premières images d'Analyze That, le mafieux est en prison, son psy, endeuillé jusqu'à la confusion par le récent décès de son père. Lorsque la vie du premier est mise en péril par une affaire de clans, il perd la tête, ou du moins en donne l'impression, afin de forcer le second à venir l'arracher au milieu carcéral, et pourquoi pas le prendre en garde à vue à la maison en attendant son imminente audience pour être libéré sur parole?

Les gags que Ramis lâche toutes les quinze secondes sont décidément plus forts que la raison, bafouée par un scénario qui, au-delà de l'énoncé de départ, s'engage dans toutes sortes de sentiers et sème des cailloux que rien ne sert de ramasser. De toute évidence, Ramis n'a rien de plus à nous dire que ce qui est affiché en grosses lettres sur l'écran. En cela, sa comédie noire se distingue de Analyze This, qui allait plus loin dans la psychologie des personnages et exploitait un humour plus raffiné.

L'élément de surprise — puisqu'il y en a un — ne réside pas dans la réunion du tandem Crystal et De Niro, toujours efficace (quoique Crystal a l'air fatigué), ni dans l'exploitation du personnage de Lisa Kudrow, qui n'essaie même pas ici de faire oublier son personnage de fofolle dans Friends. Non, la surprise vient de la réunion de De Niro avec celle qui fut à 18 ans sa partenaire amoureuse dans Raging Bull, Cathy Moriarty. Celle-ci, en marraine mafieuse qui veut mettre Vitti à sa main, livre un numéro digne de la Kathleen Turner des bons jours. Pour ce qui est du Harold Ramis des bons jours, certains (c'est mon cas) attendent encore son retour.