Dangereusement mauvais

Atteler Véronique Cloutier et Stéphane Rousseau à la roue du cinéma semblait ouvrir la voie au succès assuré, tant l'animatrice de La Fureur et l'humoriste sont populaires au Québec. Mettez aux commandes du film l'équipe des Boys, cinéaste et producteur, champions des recettes au guichet. Offrez-leur le budget le plus important du cinéma québécois, 7,2 millions de dollars, pour une incursion du côté de la comédie d'actions, avec cascades à l'américaine, torches humaines, accidents de bagnoles, etc. Les conditions gagnantes, quoi...

Écrit trop vite, tourné trop vite, financé par des institutions qui ont fait confiance les yeux fermés aux capitaines des Boys, Les Dangereux de Louis Saia s'écrase pourtant lamentablement au fil d'arrivée. Le film est consternant, rien de moins, et fait injure au public québécois. Qu'il soit destiné à une clientèle pré-adolescente montre le peu de cas qu'on fait de ces jeunes-là. Pour tout finir, la violence est au rendez-vous, avec assassinats par le feu, par balles, par ce qu'on voudra; meurtres, il est vrai, si grotesques qu'ils ne sauraient faire peur à grand monde. Les pré-ados en riront sans doute.

Cette histoire d'une chanteuse populaire, Roxane (Véronique Cloutier), enlevée contre rançon par de sinistres malfaiteurs, part en tous sens. Stéphane Rousseau y joue l'employé naïf et maladroit chargé de remettre la rançon aux bandits malgré les contre-coups du sort dans une intrigue qui est faiblissime. Les répliques sont mal ficelées à un point qui laisse pantois, les comédiens jouent mal et ce n'est pas drôle. Or qu'y a-t-il de plus triste qu'une comédie qui ne fait pas rire?

Saia, qui connaît pourtant la musique, a omis de diriger ses comédiens. Inutile de s'en prendre à Véronique Cloutier et à Stéphane Rousseau, qui font leurs premiers pas d'acteurs de cinéma. Ils sont mauvais (surtout elle, qui rate tous ses punchs), mais n'ayant pas de répliques dignes de ce nom à se mettre sous la dent, on accuse plus haut qu'eux. Quand des interprètes chevronnés comme Marc Messier et Louise Portal (qui incarnent le papa et la maman divorcés de la chanteuse kidnappée) sont pourris, c'est que le réalisateur a erré quelque part. Seul Pierre Lebeau, qui a tant joué les méchants un peu partout, a su se diriger seul en donnant à son personnage de tueur à gages un certain coffre.

La blonde Véro ne déploie pas le charisme qu'on lui connaît dans La Fureur et ses admirateurs seront bien déçus. Les cascades sont inintéressantes et le film paraît si bâclé qu'on se révolte. Même les chansons composées pour le film sont ennuyeuses.

Pour voir ses idoles Véronique et Stéphane, le grand public se ruera sans doute sur les écrans des Dangereux en ce premier week-end, mais le bouche à oreille devrait faire son oeuvre assez vite et conduire cette minable production au naufrage qu'elle mérite.