Cinéma - Droit au coeur

Temps des Fêtes oblige, les projections Ciné-Kid reprennent à Ex-Centris, avec celle, demain à 11h (ainsi que les deux dimanches suivants), de La Flèche bleue, un petit bijou d'animation réalisé par l'Italien Enzo d'Alo, mis en musique par l'unique Paolo Conte.

Cette artisanale histoire de jouets, avec dessins à la ligne claire assemblés par procédé numérique à des décors peints à l'aquarelle, est tirée d'un roman-jeunesse de Gianni Rodari racontant la légendaire histoire des jouets de Bephana, comtesse et sorcière qui, dans la nuit de l'Épiphanie, enfourche traditionnellement son balai pour distribuer des jouets aux enfants de la ville. Alitée en raison d'une mauvaise grippe, celle-ci confie cette année au docteur Scarfoni le soin de faire la distribution. Or, sous ses dehors de bon monsieur, Scarfoni est un vilain opportuniste, qui exploite la situation afin de s'enrichir en vendant aux parents les jouets de Bephana.

Lorsqu'ils comprennent la manoeuvre de Scarfoni, les jouets, sagement installés dans la vitrine de la boutique de Bephana, s'animent et mettent au point un projet d'évasion devant les conduire jusqu'au petit Francesco, un orphelin dont la missive, déposée ce jour-là à la boutique, les avait émus. Bravant la nuit, les intempéries et les assauts de Scarfoni parti à leur recherche, le train La Flèche bleue et les autres jouets, guidés par la truffe du chien de peluche Victor, s'offrent d'eux-mêmes aux enfants sages qui jalonnent leur route vers Frederico.

On est loin, ici, du combat de popularité entre Woody le cow-boy et Buzz Light-Year, qui fait le succès (mérité) de Histoire de jouets. On est loin, aussi, des contes disneyens, avec rétablissement de l'ordre et de la morale, punition des vilains, réponses fournies et avenir accroché au mirage du «Ils vécurent heureuxÉ ». Sans complètement tourner le dos à ces codes (le film les effleure, les soupèse et les déjoue selon la scène), d'Alo, qui a mis cinq ans à achever ce film, emprunte un sentier moins fréquenté, où l'univers créé et les personnages dominent l'action plutôt que d'être dominés par elle. Malgré quelques maladresses de scénario, La Flèche bleue nous atteint droit au coeur, d'abord par la mélancolie dickensienne qui se dégage de son univers à la fois beau et socialement divisé, ensuite par la beauté simple de ses personnages à la ligne claire et la profondeur de leur imaginaire.

Avec une animation d'un autre temps (le recours au numérique est indécelable), des jouets sans âge, des sentiments universels, La Flèche bleue dégage résolument quelque chose de suranné et d'éternel. Ex-Centris nous le propose dans une version française plus qu'honorable, ce qui ne gâte rien.