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60e Festival de Cannes - Tarantino en Olympie

Treize ans après sa Palme d’or pour Pulp Fiction, Quentin Tarantino a amusé Cannes avec Grindhouse, exercice de style et pastiche des films d’exploitation des années 70.
Photo: Agence Reuters Treize ans après sa Palme d’or pour Pulp Fiction, Quentin Tarantino a amusé Cannes avec Grindhouse, exercice de style et pastiche des films d’exploitation des années 70.

Cannes — Loquace, agité du bonnet, le menton projeté vers l'avant, l'oeil allumé. Le passage de l'Américain Quentin Tarantino crée toujours un petit tremblement de terre à Cannes. Il est un des chouchous du festival, s'excite comme un enfant en évoquant ce fameux soir du palmarès de 1994, lorsqu'il a récolté la Palme d'or pour Pulp Fiction, les yeux écarquillés, le coeur affolé.

Dix ans plus tard, auréolé de son statut de star, il présidait le jury.

«Cannes, c'est l'Olympe, dit-il. Là où montent les dieux sur les marches rouges. Cette palme est la plus grande fierté de ma vie, et si j'exerce une certaine influence auprès de jeunes réalisateurs, c'est parce que j'ai pu me promener sur la planète cinéma pour voir les films des autres, grâce à l'appui des festivals.»

Cette fois, le brûlant Tarantino revient en compétition avec un film sorti ce printemps à Montréal, comme dans toute l'Amérique du Nord d'ailleurs. Grindhouse était projeté en programme double accouplé à un long métrage de Roberto Rodriguez. Mais c'était bien long tout ça, pas pleinement réussi non plus. Le duo avait fait chou blanc en salles.

Virage sur les chapeaux de roues. Ses producteurs, les frères Weinstein, ont décidé de séparer les deux films. Celui de Tarantino, Death Proof (Le Boulevard de la mort) sortira sur le marché international tout seul. De plus, le film a été remonté. Dans la nouvelle version diffusée à Cannes, une demi-heure s'est rajoutée.

Le début a été coupé ici, étiré là. Une scène de danse du ventre (réussie) s'est rajoutée dans le bar. Des segments en noir et blanc sont apparus. Les dialogues ont été raccourcis dans la première partie, qui gagne en dynamisme. Le film a pris globalement du mieux, sans être du calibre de Pulp Fiction ou des deux Kill Bill.

«Si vous comptez le nombre de minutes des deux versions du film, ça n'a pas trop changé, précise Tarantino. Mais l'émotion n'est plus la même, surtout autour de Mick le cascadeur [joué par Kurt Russell]. Il y a plus d'humour. Son personnage est mieux développé.»

Rappelons que le film, inspiré des slashers movies des années 70, oeuvres sanglantes et kitsch, comporte deux parties. La première, assez longuette, débute sur des discussions épicées de copines et sur leur rencontre avec un cascadeur tueur. La seconde, trépidante, constitue une poursuite entre la voiture du cascadeur fou et celle de filles sans peur, dont Zoé la cascadeuse, qui ne s'en laisse pas compter.

N'empêche que Deathproof a essuyé quelques huées en visionnement de presse. D'autres journalistes ont pris leur pied devant cette histoire d'amazones américaines à la psyché masculine et au physique de déesses, «machotes» qui vengent leur sexe avec les armes de l'adversaire. On n'attend pas de seconde Palme d'or pour Tarantino cette année, qui s'est bien amusé à parodier un genre, sans vraiment le renouveler, et on attend de voir de quel projet loufoque il accouchera la prochaine fois.

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Un festival comme Cannes est à usages multiples, comme on l'aura compris. Le luxe, la cinéphilie, les paillettes se marient. Fort bien. Mais ses dirigeants ont intérêt à voir plus loin, à inventer un futur et à protéger les oeuvres du passé. À s'associer surtout à des projets d'envergure pour aider le septième art à survivre dans un contexte difficile.

Martin Scorsese venait hier célébrer la naissance de la World Cinema Foundation, vouée à la restauration de films menacés aux quatre coins du monde. Grand cinéphile, le cinéaste de The Departed a fondé et préside cette fondation sans but lucratif. Il trônait hier sur une assemblée de réalisateurs impliqués à ses côtés. Wong Kar-wai, Walter Salles, Ermanno Olmi, Alfonso Cuarón, Souleymane Cissé participent au projet sur leurs continents respectifs.

Le lancement s'accompagne de la projection des trois films restaurés grâce aux techniques numériques: Transes du Marocain Ahmed El Maanouni, le premier du lot, trouvait hier une seconde jeunesse sur un écran du Palais. «On veut surtout restaurer des films négligés, explique Scorsese. Des oeuvres majeures souvent, mais oubliées. Certains pays incapables de s'offrir des restaurations peuvent désormais s'adresser à nous.»

Au cours des années 90, Scorsese et plusieurs cinéastes américains ont contribué à recréer un fonds d'archives nationales. Mais l'Amérique est riche et les grands studios ont mis là-bas l'épaule à la roue. Ailleurs, c'est une autre histoire...

Le Mauritanien Souleymane Cissé explique à quel point, dans certaines régions d'Afrique, la conservation est impossible, tant la pauvreté est grande. Wong Kar-wai raconte de son côté avoir vu un entrepôt dans le Chinatown de San Francisco rempli de bobines de vieux films de Hong-Kong, introuvables en Chine. Certains pourraient être restaurés grâce à cette fondation avant de circuler à travers le réseau des cinémathèques, des festivals. Scorsese souriait. «En mettant sur pied cette fondation, je réalise un des grands rêves de ma vie», affirmait hier le grand cinéaste mécène avec une émotion palpable. Honneur à lui!