Cinéma - Une caméra en pèlerinage

Dans Gambling, Gods & LSD, le cinéaste canadien d'origine suisse Peter Mettler (Picture Of Light, Tectonic Plates) nous convie moins à la découverte de ses pérégrinations cinématographiques qu'à de curieux pèlerinages dans des lieux plus souvent visités par le mauvais goût et la désolation que par Dieu lui-même.

Pendant quelques années, Mettler s'est baladé caméra à la main, filmant aux quatre coins du monde diverses manifestations à caractère spirituel ou de recherche de sens dans un univers déboussolé, voire des expériences, parfois franchement ridicules, pour atteindre une sorte d'état second. Relevant davantage du road-movie existentiel et méditatif que du documentaire exploratoire, Gambling, Gods & LSD fait le pari de la lenteur, des ambiances atmosphériques, plutôt que de pénétrer au coeur de tous ces curieux mystères.

Dans une succession de tableaux et de paysages contrastés, de l'aéroport de Toronto aux casinos clinquants de Las Vegas, de l'Inde à la Suisse en passant par le désert du Nevada, Mettler semble se confondre avec le décor, filmant de près des évangélistes en transe ou de sérieux joueurs de cartes, cherchant, parfois dans de brèves entrevues, à saisir les motifs de leur quête. Motifs pas toujours clairs, livrés trop brièvement ou, chez certains, engloutis dans une logorrhée de théories fumeuses: une femme en transit — ou plutôt échouée... — à Las Vegas raconte le plus sérieusement du monde que Dieu lui aurait parlé. Lorsque Mettler lui demande de décrire sa voix, elle la compare à celles que l'on peut entendre dans les documentaires diffusés au réseau PBS...

Le réalisateur met en lumière la recherche de transcendance des autres mais livre aussi la sienne, par bribes, retournant dans les rues toujours trop propres de son pays natal ou scrutant avec délectation une vaste chambre au dernier étage d'un hôtel près de l'aéroport de Toronto, qu'il imaginait autrement lorsqu'il passait là enfant avec son père lors de promenades en voiture. Très souvent, il préfère se réfugier derrière les paysages qu'il capte dans un état perpétuellement contemplatif, laissant le soin aux images et aux rares personnes qui acceptent de témoigner de tisser la trame de son récit de voyage.

Ce vagabondage cinématographique n'est pourtant pas sans écueils, sans détours hasardeux, sans passages à vide. Le propos n'y est pas d'une grande limpidité, et on comprend que Mettler ait d'abord filmé avec avidité (près de 55 heures de tournage) pour ensuite dégager un sens, une ligne directrice, à cette imposante somme d'images. S'attardant longuement aux lieux qu'il traverse avec un mélange de perplexité et de fascination, il réussit parfois à nous communiquer ses sentiments contradictoires. C'est d'ailleurs à Las Vegas que Gambling, Gods & LSD vise le plus juste, tire avec adresse le bon numéro. Le cinéaste y mélange le kitsch le plus inimaginable, les expériences les plus étranges — on fait la rencontre du créateur d'un appareil de stimulation électro-érotique... — et les personnages les plus énigmatiques, ne sachant jamais s'ils sont habités par un quelconque esprit divin ou la folie pure.

De par sa durée volontairement démesurée et son refus d'afficher clairement ses objectifs de voyage, s'en remettant davantage au hasard, Peter Mettler nous livre un objet singulier pas toujours convaincant, teinté de new age, au ton proche du journal intime. Certains ne voudront rien manquer du voyage, d'autres préféreront s'arrêter à mi-chemin, lassés par cette succession de plages contemplatives, cette incertitude quant à la route à suivre.