Vues d'Afrique - Regards sombres sur un Sud abîmé

Les 23es Journées du cinéma africain et créole démarreront jeudi. Ce rendez-vous s'est particulièrement éclaté cette année à travers les continents, et plusieurs films au programme posent des regards étrangers sur des réalités du Sud. Ce sont souvent les tragédies, sang, misère et guerre, qui tiennent la vedette.

En ouverture, Africa Paradis, de Sylvestre Amoussou, est une comédie grinçante, cul par-dessus tête. Ce film, situé dans un avenir imaginaire, met en scène une Afrique prospère et une Europe anémique dont les citoyens tentent de s'exiler. Excellent choix d'ouverture que cet Africa Paradis debout sur ses paradoxes. Sans prétendre à la grande réalisation, ce film ouvre sur toutes les remises en question.

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Sur le thème de la guerre d'Algérie, Mon colonel de Laurent Herbiet repose sur un scénario de Costa-Gavras. À travers un tandem militaire, le rigide colonel Duplan (Olivier Gourmet) et le jeune officier idéaliste (Robinson Stévenin), la saleté de la sinistre guerre d'Algérie refait surface. Un film habile sur la reconstitution d'un climat trop occulté mais quelque peu amateur dans sa facture.

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Le vétéran italien Vittorio de Seta signe de son côté Lettre du Sahara, un film à la fois émouvant et un peu naïf sur le parcours d'un jeune Sénégalais (Djibril Kébé), immigré clandestin en Italie, qui voit sa vision du monde étroite transformée au contact d'une culture différente.

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La cinéaste belge Marion Hänsel, avec Si le vent soulève les sables, met en scène un périple tragique, celui d'une famille de l'Afrique subsaharienne qui traverse le désert avec bétail et chamelle dans l'espoir de fuir la famine et la guerre pour ne récolter que maladie, souffrance, violence, soleil assassin et morts successives. Ce beau film désespéré et pourtant tendre est une traversée de l'enfer qui pose sur l'Afrique un regard de tristesse infinie.

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Sans doute le meilleur documentaire jamais réalisé sur le génocide rwandais, Kigali, des images contre un massacre, du Français Jean-Christophe Klotz, a été lancé au dernier Festival de Cannes. Son réalisateur était reporter-caméraman au moment des massacres. Il a été blessé et rapatrié en France. Opposant des images captées à l'époque et des scènes captées dix ans plus tard avec des survivants, revenant sur la couverture médiatique de l'époque, il interroge la non-assistance politique des pays occidentaux au cours de ce drame sanglant. Bernard Kouchner, cofondateur de Médecins sans frontières, le général Roméo Dallaire ainsi que des médecins et des prêtres sur le terrain lors du massacre témoignent pendant et après. Et c'est leur impuissance à avoir empêché le bain de sang qui bouleverse. Il faut entendre un médecin évoquer les poèmes récités chaque jour parce que les mots ordinaires ne pouvaient pas contrer l'horreur côtoyée.

Images contre un massacre est le constat d'échec des médias, impuissants à modifier le cours des choses lors d'une telle tragédie collective. Des enfants réfugiés dans une église sourient à la caméra quelques jours avant leur exécution. Le monde entier a vu mais n'a rien fait.

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Les journalistes montréalais Hélène Magny et Pierre Mignault ont suivi au Congo, à travers le documentaire Ondes de choc, des confrères de Radio Okapi. Dans des conditions très dangereuses, ceux-ci exercent leur métier au péril de leur vie. La liberté de presse est un vain mot, les déplacements sont accueillis à la pointe du fusil. Le pays est incontrôlable. Ce documentaire, proche du reportage, constitue un hommage à ceux qui se battent avec un courage fou pour avoir le droit de dire et de montrer sans savoir s'ils seront là demain pour continuer.

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