Festival Vues d'Afrique - Le Canada, paradis des tracasseries pour le cinéaste Sylvestre Amoussou

L’affiche du film Africa Paradis
Photo: L’affiche du film Africa Paradis

Sylvestre Amoussou, le réalisateur d'Africa Paradis, film qui ouvrira le bal de Vues d'Afrique le 19 avril prochain, a dû remiser la belle opinion qu'il a du Canada. Le cinéaste, qui vit en France depuis une vingtaine d'années mais possède toujours un passeport béninois, n'en peut plus des tracasseries dont il a fait l'objet à l'ambassade canadienne de Paris depuis qu'il essaie d'obtenir un visa temporaire pour venir présenter son film à Montréal.

Il y est allé trois fois et assure avoir été mal accueilli. «On me répond que l'ambassade n'a pas reçu les papiers, ni l'invitation officielle de Vues d'Afrique, malgré l'assurance qu'en donne le festival. On me dit que la copie de la lettre que j'ai reçue via Internet peut avoir été fabriquée de toutes pièces et que je désire peut-être immigrer, on ajoute que c'est à moi de me débrouiller. J'avais d'abord dû attendre trois heures à l'accueil. Je ne demande pourtant pas un visa de résidence, mais de court séjour pour aller présenter mon film. C'est absurde.»

Le cinéaste se dit insulté par l'accueil qui lui a été réservé. «On ne doit pas mépriser les gens à cause de la couleur de leur peau.» Ça le laisse d'autant plus abasourdi que son film Africa Paradis aborde l'immigration et ses problèmes. Il a l'impression de jouer dans son propre long métrage.

Du côté de Vues d'Afrique, Emmanuel Hoste, chargé des voyages pour le festival, assure que tous les papiers officiels ont bel et bien été envoyés à l'ambassade le 21 mars, par Internet et par fax, et qu'on a accusé réception du fax. «Le problème, c'est qu'à l'ambassade canadienne à Paris, tout est informatisé, et qu'il n'y a pas moyen de parler à quelqu'un», explique Emmanuel Hoste, au milieu des dédales virtuels kafkaïens des demandes de visas. Il est vrai que trouver un interlocuteur relève du parcours du combattant, en général perdu d'avance. Aujourd'hui, Gérard Le Chêne, le directeur de Vues d'Afrique, et Dominique Olier, le directeur à la programmation, sont à Paris pour la conférence de presse de leur festival. Ils espèrent régler le problème de Sylvestre Amoussou en même temps.

Rappelons que son film Africa Paradis est sorti sur les écrans français le 28 février dernier et qu'il a bénéficié d'une importante couverture médiatique. Son thème audacieux y est pour beaucoup. Le film prend le contre-pied des réalités contemporaines. Situé dans un futur indéterminé, il montre une Afrique opulente où les Européens tentent d'immigrer à tout prix, même de manière clandestine, et sont souvent refoulés par les Africains prospères et excédés. «J'ai voulu mettre les Européens dans la position des étrangers pour qu'ils comprennent ce qu'ils leur font vivre», explique le cinéaste.

Les Français, apostrophés, ont donc réagi à Africa Paradis, qui a suscité son lot de débats. D'abord diffusé sur deux écrans à Paris, le film a ensuite gagné une dizaine de salles en France, et il tient encore l'affiche. «Aujourd'hui, il est demandé un peu partout dans le monde», affirme le cinéaste.

Pourtant, personne n'avait voulu financer ce projet en France. «Les fonds sont venus de la diaspora africaine, avec des coups de pouce de l'Union européenne et de la Francophonie», précise Sylvestre Amoussou. Son prochain film, mieux accueilli par les bailleurs de fonds français, abordera le détournement de l'aide humanitaire en Afrique. En attendant, Sylvestre Amoussou ne demande qu'une chose: accompagner Africa Paradis à Montréal, sans subir toutes ces tracasseries intempestives.

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