Un thriller à numéros stérile et futile

Devant le thriller d'Antoine Fuqua (Training Days), il serait inutile de s'attendre à du Bergman ou à du Scorsese. Mais la bêtise profonde de cette réclame pour la National Rifle Association (car c'en est une) laisse perplexe. Faut-il y voir un sens caché qui serait profond, intelligent et utile?

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Shooter (Tireur d'élite)
D'Antoine Fuqua. Avec Mark Wahlberg, Michael Pena, Danny Glover, Kate Mara, Elias Koteas, Rhona Mitra. Scénario: Jonathan Lemkin, d'après le roman de Stephen Hunter. Images: Peter Menzies. Montage: Conrad Buff, Eric. A. Sears.
Musique: Mark Mancina. États-Unis, 2007, 105 minutes.
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J'ai passé près de deux heures à tenter de le faire, en vain. Shooter dit tout et son contraire et n'est, vérification faite, que ce qu'il prétend être: un thriller à numéros stérile et futile, avec cascades, explosions, chasses à l'homme, tortures et assassinats sanglants, accrochés de peine et de misère à un scénario bric-à-brac indigne de 24 heures chrono, mêlant conspiration politique (ouh! les vilains du Capitole), justice individuelle (vas-y mon homme) et rédemption (mon ami est mort, je sauverai le prochain).

Mark Wahlberg défend comme sa vie le rôle de cet ancien tireur d'élite des marines retiré dans les montagnes façon Jeremiah Johnson, avec Fido à ses côtés et queue de cheval pendant de sa casquette. On vient le chercher: le président américain sera assassiné; vite, faut que t'empêches ça. Mais les bons sont les vilains, et le pauvre bougre, un bouc émissaire. La fuite: prouver son innocence. Les escales attendues: la veuve de son ami (Kate Mara), le jeune du FBI qui sent la soupe chaude (Michael Pena), un sénateur corrompu (Ned Beatty), des intérêts pétroliers en Afrique. C'est pas net, tout ça. Et puis la justice qui n'y peut rien. Heureusement, le gars est armé, et pas que d'une carabine à plomb. Au secours!

Pour pousser l'insulte à son comble, un torrent de clichés déferle sur cette ânerie réalisée avec soin mais sans goût. C'est que Fuqua est ce qu'on appelle communément chez nous «un moyen quétaine». En témoignent les nombreux ralentis sur le héros viril avançant vers la caméra pendant qu'une explosion embrase l'arrière-plan, la photo aux couleurs saturées pour communiquer un état de fièvre, le montage frénétique pour indiquer un état d'urgence, une musique pompière pour s'assurer qu'on est bien assommés. Tout cela ne serait qu'un moindre mal si les dialogues n'étaient pas d'une niaiserie tellement profonde qu'ils déclenchent l'hilarité. À croire qu'Antoine Fuqua, en voulant nous convaincre qu'il fait oeuvre utile, a retourné son arme contre lui.

Collaborateur du Devoir

* V.o.: Paramount, Place LaSalle, Coliseum Kirkland, Cavendish, Côte-des-Neiges, Lacordaire, Des Sources, Spheretech, Marché Central. * V.f.: Quartier latin, StarCité, Carrefour Angrignon, Marché Central.

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