Soirée des Oscars - The Departed couronné meilleur film

L’ancien vice-président des États-Unis, Al Gore, et le réalisateur Davis Guggenheim ont reçu l’onction des Oscars, hier soir, pour leur documentaire écologiste intitulé An Inconvenient Truth (Une vérité qui dérange).
Photo: Agence Reuters L’ancien vice-président des États-Unis, Al Gore, et le réalisateur Davis Guggenheim ont reçu l’onction des Oscars, hier soir, pour leur documentaire écologiste intitulé An Inconvenient Truth (Une vérité qui dérange).

Il aura été dit que la soirée des Oscars allait déjouer bien des pronostics. Alors que de nombreux films en nomination s'éclataient à travers le vaste monde, souvent sur fond de guerre, l'Academy aura finalement choisi de couronner une oeuvre-maison, mais non la moindre.

The Departed (Agents troubles), l'incursion mafieuse en vertige cinématographique de Martin Scorsese, valait pour la première fois à ce géant du cinéma américain, la palme du meilleur film et du meilleur réalisateur, honneurs suprêmes qui auraient dû lui échoir depuis longtemps. Le film a récolté aussi l'Oscar du meilleur scénario adapté et celui du meilleur montage.

Babel, du Mexicain Alejandro Gonzales Inarritu, oeuvre de mondialisation, partie favorite, grande déçue de la cérémonie, n'a glané que la statuette de la meilleure musique originale. Letters from Iwo Jima, de Clint Eastwood, morceau de bravoure tourné en Japonais dans une île du Pacifique, avec retour sur la seconde Guerre mondiale, dut se contenter du laurier du meilleur montage sonore.

On eut moins de surprises du côté des prix d'interprétation. Forest Whitaker a remporté l'Oscar mérité du meilleur acteur pour son incarnation remarquable du dictateur ougandais Idi Amin Dada dans The Last King Of Scotland, de Kevin Macdonald. Désormais, la couleur de la peau n'est plus un obstacle à la reconnaissance hollywoodienne. En 2002, Halle Berry et Denzel Washington, deux Afro-américains avaient également récolté des lauriers d'interprétation aux Oscars. La porte était ouverte à la différence. La vibrante Jennifer Hudson, à la peau brune aussi, a reçu, bouleversée, la statuette de la meilleure actrice de soutien pour sa remarquable prestation de chanteuse évincée dans Dreamgirls. Elle a d'ailleurs offert une des meilleures performances musicales de la soirée en entonnant des chansons de ce Dreamgirls.

Autre couronnement prévu d'avance: celui d'Helen Mirren, stupéfiante de ressemblance et de véracité en reine Elizabeth II dans The Queen, de Stephen Frears. Sacrée meilleure actrice à la barbe de grosses pointures: Judi Dench, Penélope Cruz, Meryl Streep, Kate Winslet, la comédienne britannique a reçu son Oscar avec la classe d'une reine, le partageant avec les autres candidates.

Pas d'étincelles du côté de l'humoriste Ellen DeGeneres qui animait pour la première fois cette soirée, en de multiples tailleurs-pantalons, pas très seyants. Du net et quelques gags convenus, dont certaines passes d'armes comiques avec Spielberg, mais rien de flamboyant. La cérémonie était longue et trop classique.

L'Oscar hommage au grand compositeur Ennio Morricone nous a offert, sur fond de discours en italien, un moment d'émotion, par l'admiration que cet artiste inspire et par son propre bouleversement. Céline Dion a chanté pour le maître devant d'affreux décors. Ça en prend, il faut dire, pour tous les goûts.

C'est Alan Arkin qui a remporté la statuette du meilleur acteur de soutien pour son rôle de grand-père farfelu dans Little Miss Sunshine, la production indépendante de Jonathan Dayton et Valerie Faris, road movie d'une famille dysfonctionnelle. Le film, charmant mais assez mineur, a remporté aussi le prix du meilleur scénario original.

Le merveilleux Labyrinthe de Pan du Mexicain Guillermo del Toro fut un des films les plus primés de la soirée. Cette fable politico-fantastique sur la guerre d'Espagne peuplée de faunes, de fées, de tyrans et de maquisards, a remporté les statuettes méritées de la meilleure cinématographie, de la meilleure direction artistique et des meilleurs maquillages. Mais l'Oscar du meilleur film en langue étrangère lui aura échappé au profit du bouleversant La Vie des autres, de l'Allemand Florian Henckel von Donnersmark, situé dans l'Allemagne de l'Est d'avant la chute du mur.

Celui du meilleur documentaire a couronné (c'était prévu) Davis Guggenheim pour An Inconvenient Truth, le film sur Al Gore et le réchauffement climatique, le sujet de l'heure. Le documentaire a même reçu le prix de la meilleure chanson originale pour I Need to Wake Up, devançant les trois nominations de Dreamgirls. L'ancien candidat à la Maison-Blanche fut un des héros de la soirée aussi à l'animation. Sur scène, Al Gore a joué à se faire couper la parole par la grosse musique au moment d'une annonce faussement politique, faisant sourire la compagnie.

Marie-Antoinette, de Sofia Coppola, a reçu l'Oscar pour les exubérants costumes rose bonbon de la reine enfant venue d'Autriche occuper le trône de France.

Dreamgirls, de Bill Condon, relatant l'aventure musicale des Supremes, outre le prix à Jennifer Hudson, a récolté le laurier du meilleur mixage sonore, mais plusieurs fois nommé, il aurait pu recevoir davantage.

Les meilleurs effets spéciaux sont allés à Pirates des Caraïbes: le coffre du mort, de Gore Verbinski.

L'Oscar du meilleur long métrage d'animation a couronné Happy Feet, de George Miller, aventures d'un jeune manchot, sur sa banquise, coiffant au poteau Cars, de John Lasseter.

Le charmant The Danish Poet, de Torill Kove, interrogeant l'hérédité et le destin, coproduction entre le Canada (l'ONF, si souvent primé aux Oscars) et la Norvège a reçu la statuette du meilleur court métrage d'animation. West Bank Story, de Ari Sandel, remportait de son côté l'Oscar du meilleur court métrage avec acteurs. Et The Blood of Yingzhou District, du chinois Ruby Yang, celui du meilleur court métrage documentaire.

Il y eut beaucoup de saupoudrage cette année, mais quelques vrais oubliés de la fête: comme Blood Diamond, d'Edward Zwick, Notes of A Scandal, de Richard Eyre, Little Children, de Todd Field, et Children of Men, d'Alfonso Cuaron.

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