Cosmonaute des plaines

Ils signent leurs films à quatre mains, bien qu'à certaines étapes l'un se place devant la caméra et l'autre derrière. Michael et Mark Polish sont non seulement frères, mais aussi jumeaux; ils ont d'ailleurs exploré, et interprété, l'étrange complicité névrotique qui unissait deux siamois, littéralement soudés l'un à l'autre même à l'âge adulte, dans Twin Falls Idaho.

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The Astronaut Farmer
Réalisation: Michael Polish. Scénario: Michael et Mark Polish. Avec Billy Bob Thornton, Virginia Madsen, Max Thieriot, Bruce Dern. Image: M. David Mullen. Montage: James Haygood. Musique: Stuart Matthewman. États-Unis, 2007, 104 min.
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Les Polish ne sont pas reconnus pour leur légèreté, du moins si l'on en juge aussi par Northfork, une méditation sur la mort: celle d'un enfant mais aussi celle d'une communauté forcée de déménager avant l'inondation des lieux par la construction d'un barrage. C'est pourquoi on s'étonne de les voir s'aventurer du côté du conte familial dans The Astronaut Farmer, une fantaisie où science-fiction et western font bon ménage.

Il faut laisser sa logique au vestiaire avant de pénétrer dans cet univers décalé, à la fois réaliste et clownesque, célébrant la détermination d'un homme à vouloir rejoindre les étoiles. La chose était possible pour Neil Armstrong mais, lorsque l'on habite un ranch du Texas et que l'on bricole sa fusée dans une grange, c'est ce que l'on appelle un acte de foi.

Charles Farmer (Billy Bob Thornton) en a à revendre, soutenu dans sa curieuse entreprise par son épouse Audrey (Virginia Madsen) et leurs trois enfants. Il n'a que faire des railleries, mais les choses se corsent quand la banque commence à le tenir à la gorge. Malgré la menace de tout perdre, il persévère et n'en souffle mot à personne. La situation va s'envenimer avec l'arrivée tonitruante de la NASA, froissée qu'un ancien pilote de l'armée américaine décide de ratisser leur territoire spatial. Pour faire diversion, et trouver de nouveaux appuis, les médias du pays établissent un siège devant le ranch de Farmer, transformant ce cosmonaute des plaines en vedette nationale — même l'animateur Jay Leno le prend pour cible.

The Astronaut Farmer affiche la morale d'un divertissement hollywoodien (rien n'est impossible aux hommes de bonne volonté) sans jamais avoir les moyens d'illustrer cette détermination avec la quincaillerie sophistiquée de la science-fiction. Le film offre plutôt l'apparence d'un bricolage fantaisiste, capable d'évoquer le rêve de Farmer, sa démesure absurde, sans toutefois nous en mettre plein la vue.

Ce réalisme poétique trouve également sa source dans le jeu sobre de Billy Bob Thornton, débonnaire comme s'il sortait d'un film des frères Coen, juste assez flegmatique pour ne pas croire qu'il est un parfait illuminé. Plus terre-à-terre, et tristement abonnée à ces rôles d'épouse compatissante depuis le succès de Sideways, Virginia Madsen incarne à la fois la voix de la raison et la motivatrice en chef. Évidemment, comme dans tout conte qui respecte les règles du genre, un certain schématisme emprisonne ces personnages; les enfants sont d'une docilité à décongeler Walt Disney, qui s'y connaissait en familles idéales sur grand écran.

Derrière cette approche candide se cache la volonté des frères Polish de s'allier un nouveau public, plus nombreux que celui, infime, de leurs films précédents. Ils ratissent large, visent haut, mais ratent parfois leur cible: The Astronaut Farmer ressemble surtout à un objet cinématographique non identifiable. Pas très rassembleur...

Collaborateur du Devoir

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