Choisissez un meilleur numéro...

Si vous êtes fort en calcul mental et en numérologie en plus de voir des complots partout, Number 23, la nouvelle tartine de Joel Schumacher (Phone Booth, The Phantom of the Opera), constitue une sélection de choix. Or ces caractéristiques du spectateur idéal excluent beaucoup de gens, ce qui laisse présager — sans même faire de savants calculs — un auditoire clairsemé.

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Number 23
(v.f. : Le Nombre 23)
Réalisation: Joel Schumacher. Scénario: Fernley Phillips. Avec Jim Carrey, Virginia Madsen, Logan Lerman, Danny Huston. Image: Matthew Libatique. Montage: Mark Stevens. Musique: Harry Gregson-Williams. États-Unis, 2007, 98 min.
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Il est vrai que les inconditionnels de Jim Carrey voudront le réconforter pour ses derniers efforts, cette fois sur le mode tragique, un terrain glissant pour un acteur cédant souvent au cabotinage malgré de notables exceptions (The Truman Show, Eternal Sunshine of the Spotless Mind). Jouant à la fois la carte de l'homme ordinaire, ce qu'il réussit assez bien, et celle du détective privé au passé trouble et à la sexualité déréglée, ce qui nous demande beaucoup d'abnégation, Carrey est tout simplement la victime d'un scénario trop bavard, mal tricoté et ébloui par sa propre érudition. Et avec Joel «regardez-moi faire du cinéma» Schumacher aux commandes, on court au désastre à bien plus de 23 km/h.

Dans une banlieue anonyme, Walter Sparrow (Carrey) mène une existence banale auprès de son épouse Agatha (Virginia Madsen) et de leur fils Robin (Logan Lerman). Pour son anniversaire, Agatha lui offre un étrange roman publié à compte d'auteur, The Number 23, que Walter dévore avec une obsession grandissante. En effet, le héros du livre, Fingerling (également incarné par Carrey), porte un lourd passé qui se confond avec celui de Walter. L'identification devient fusionnelle, au point de croire que le livre, décrivant un meurtre crapuleux commis par Fingerling, serait une parabole donnant la clé d'un crime non résolu et que Walter voudrait élucider avant de perdre complètement la raison.

À ce stade-ci, n'aurait-on pas la tentation d'aller plus loin et de jeter un éclairage cru sur les «mystères» qui composent Number 23, question de vous épargner temps et argent? Peu importe les indices semés sur le parcours de Walter par le jeune scénariste Fernley Phillips, dont c'est le premier effort professionnel (le pauvre... ), les explications ressemblent à de la bouillie pour les chats. Et tandis que le film n'en finit plus de décrire l'univers (fade) de ce ramasseur de chiens égarés, la conclusion est livrée dans une précipitation qui rend toute cette entreprise encore plus absurde et inutile.

Les amoureux du film noir feront peut-être quelques compromis pour apprécier les visions cauchemardesques de Walter, flanqué d'une vamp ayant les traits de son épouse (encore Virginia Madsen, plus convaincante en maman tarte aux pommes et autres pâtisseries trop sucrées), mais leur patience atteindra vite ses limites. Entre des dialogues parasités par une science de l'inutile (toutes les combinaisons mathématiques autour du chiffre 23 sont déclinées... ) et une atmosphère faussement glauque qui confine à l'ennui, on en arrive à une seule conclusion: Jim Carrey a misé sur le mauvais numéro. À vous d'être plus futé que lui.

Collaborateur du Devoir

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