Réel parallèle

Jean-Luc (Robert Lepage), un photographe aveugle, autonome autant que faire se peut, courtise la lumière et s’attache à Fanny (Hélène Florent) dans le film de Catherine Martin, Dans les villes.
Photo: Jean-Luc (Robert Lepage), un photographe aveugle, autonome autant que faire se peut, courtise la lumière et s’attache à Fanny (Hélène Florent) dans le film de Catherine Martin, Dans les villes.

Dans les villes est un film-poème qui plaira surtout aux cinéphiles et aux amateurs d'atmosphères tissées de non-dits. Îuvre minimaliste, stylisée, trop décantée pour atteindre sa pleine force, toute en subtilité. Mariages, le précédent long métrage de la cinéaste, avait plus d'ampleur, mais Dans les villes suggère en mode mineur des vérités parallèles qui réclament la vigilance du spectateur.

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Dans les villes
Réalisation et scénario: Catherine Martin. Avec Hélène Florent,Robert Lepage, Hélène Loiselle, Éve Duranceau, Béatrice Picard, Markita Boies. Image: Carlos Ferrand. Montage: Nathalie Lamoureux. Musique. Robert M. Lepage.
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Ici, la ville de Montréal devient le théâtre de destins croisés, décalés; solitudes entrelacées qui parfois s'ignorent, parfois se réchauffent, dans un registre où les sens changent de fonction.

On entre dans un monde de signes où quatre personnages qui n'ont rien en commun hantent la ville, captée par fragments, sans plans d'ensemble. Fanny (Hélène Florent) est un être d'angoisse et de compassion qui pleure à la place d'autrui, soigne les arbres et croise le chemin des autres, jusqu'à trouver sa propre rédemption. Les arbres, trahis ou aimés, deviennent ici presque humains, témoins muets des histoires de chacun.

La ville est captée à travers la marche des personnages, mais une ville quasi irréelle, recomposée, privée de ses repère habituels.

Jean-Luc (Robert Lepage), un photographe aveugle, autonome autant que faire se peut, courtise la lumière et s'attache à Fanny. Carole (Ève Duranceau) est une jeune femme suicidaire et Joséphine (Hélène Loiselle), une vieille demoiselle confite en d'anciennes amours.

Dans les villes est une oeuvre lyrique, symbolique, aux liens parfois trop ténus entre les univers écrits. Carole, la suicidaire, apparaît comme une ombre presque sans passé, dont la détresse demeure obscure. Fanny constitue une figure de sagesse douloureuse, mais assez floue.

On aurait voulu en savoir plus sur certains personnages. Celui d'Hélène Loiselle, esquissé tout en délicatesse de regrets tissés, s'éteint trop vite. Robert Lepage campe avec aplomb cet artiste aveugle, en marche, l'oeil éteint et ouvert à la fois, qui cherche une lumière par-delà les apparences.

C'est cette quête d'un réel parallèle situé de l'autre côté du miroir que poursuit Catherine Martin dans ce film. Certains personnages le trouvent parfois, du moins l'entendent, oreilles collées au mur du monastère des Carmélites, à travers les voix angéliques des religieuses. Parfois aussi la compassion perce les cloisons des êtres emmurés. Dans cette ville trop stylisée, une douceur tente de se frayer un chemin en des zones très épurées, où le spectateur peine parfois à se hisser mais où seule la clé de l'intuition ouvre les portes des intimités fragiles et blessées.

Le Devoir

* V.o.: Ex-Centris, Beaubien.

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