Conflit syndical AQTIS-AIEST - Vers un appel à la ministre Beauchamp

Une nouvelle impasse syndicale s'apprête à gâcher l'année de l'industrie du cinéma québécois en la privant de tournages internationaux. Un appel à la ministre Line Beauchamp est imminent.

Incapable de s'entendre avec l'Alliance internationale des employés de scène et de théâtre (AIEST), branche québécoise du syndicat américain, depuis 18 mois, l'Alliance québécoise des techniciens de l'image et du son (AQTIS) songe à demander à la ministre de la Culture et des Communications d'intervenir. Un facilitateur désigné l'an dernier, Francis Fox, a déjà échoué à trouver un terrain d'entente.

«On a un conseil d'administration ce soir, et ça fait partie du plan de demander si la ministre peut avoir prise sur le dossier», explique Brunhilde Pradier, porte-parole de l'AQTIS.

Une intervention que le Bureau du cinéma et de la télévision du Québec juge d'autant plus nécessaire que l'industrie a perdu, au cours des dernières semaines, trois tournages du producteur Lakeshore Entertainment Group, pourtant un habitué des tournages au Québec. «On a déjà perdu 300 millions de dollars [de contrats] depuis le début de l'année, dit Daniel Bissonnette, du BCTQ. La situation est trop instable pour les producteurs américains.»

La grogne a même commencé à se faire sentir chez les techniciens syndiqués, qui songent à convoquer une assemblée syndicale spéciale. «Il faut que ça vienne de plus bas et de plus haut, estime M. Bissonnette. On n'a pas le choix de remonter au gouvernement. Il a bâti des cadres réglementaires qui nous empêchent de faire coexister la production locale et internationale.»

En effet, l'AQTIS, joueur syndical de la première heure au Québec, qui compte 2500 membres, bénéficie de l'exclusivité de l'accréditation syndicale pour une vingtaine des quelque 80 postes de techniciens de l'industrie, en vertu de la Loi sur le statut de l'artiste. La clause est renégociable tous les cinq ans, et le cycle arrive à son terme cette année.

Syndicat, d'abord américain, comptant plus de 100 000 membres, fondé en 1898, l'AIEST (IATSE en anglais) s'est implantée au Québec depuis 2005 et «veut représenter les techniciens et techniciennes du Québec en toute liberté, comme il se devrait, en vertu du Code du travail», explique Christian Lemay, directeur des affaires régionales de l'AIEST. Or, des procédures sont toujours en cours à la Commission des relations de travail pour que l'AIEST obtienne sa certification comme syndicat. Quelque 800 techniciens québécois y auraient déjà adhéré dans l'espoir de trouver plus de travail chez cet acteur habitué des mégaproductions américaines.

Les deux entités syndicales tentaient de se partager les juridictions à la pièce jusqu'à ce que la crise éclate il y a plus d'un an. Depuis, chacun y est allé de sa proposition, rompant puis reprenant les négociations en vain, malgré l'intervention d'un facilitateur.

Présente ailleurs au Canada, l'AIEST s'est entendue avec les syndicats locaux pour récolter les accréditations quand les productions américaines dépassent un certain montant.

À voir en vidéo