Encore Roméo et Juliette!

Le départ parfois brutal des anciennes puissances coloniales en Asie comme en Afrique n'a pas toujours laissé la liberté et la paix comme cadeaux d'adieux aux peuples opprimés. La fin de la domination de l'Empire britannique en Inde allait ainsi provoquer bien des remous; en 1947, on favorise la séparation de l'Inde et du Pakistan, attisant la haine entre musulmans et sikhs. Vic Sarin, cinéaste canadien d'origine indienne (il est né au Cachemire en 1945), dépeint cette période de troubles et de haine dans Partition, à ce jour son film le plus ambitieux; sa feuille de route est plus imposante comme directeur photo (Margaret's Museum, Dancing in the Dark) qu'à titre de réalisateur (principalement à la télévision).

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Partition

Réalisation et image: Vic Sarin. Scénario: Vic Sarin et Patricia Finn. Avec Jimi Mistry, Kristin Kreuk, Neve Campbell, Jaffrey Madhur. Montage: Reginald Harkema. Musique: Brian Tyler. Canada, 2007, 116 min.*
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Partition n'a rien d'un cours d'histoire, ou si peu. On a même parfois le sentiment que le cadre historique s'efface trop vite au profit d'une romance à la Roméo et Juliette, alors que les deux principaux protagonistes sont d'abord séparés par leur appartenance religieuse. En route pour le Pakistan, Naseem (Kristin Kreuk), sa famille et d'autres musulmans sont attaqués par les hommes d'un village sikh. Gian (Jimi Mistry), un ancien soldat traumatisé par la guerre, ne participe pas au massacre mais recueille Naseem pour la protéger. Son geste frise l'inconscience suicidaire et, lorsqu'on découvre la fugitive, Gian réussit à contenir la colère des habitants, porté également par son amour pour elle. L'attirance est réciproque et se conclut par un heureux mariage.

Or Naseem espère toujours savoir si sa famille a survécu à l'attaque. Avec l'aide de Margaret (Neve Campbell), une amie de Gian d'origine anglaise toujours amoureuse de la culture indienne (et de Gian, mais la chose reste à un niveau anecdotique), Naseem retrouve leur trace au Pakistan et décide de leur rendre visite. Le voyage est périlleux, mais elle fait à Gian la promesse de revenir. Devant son absence prolongée, et un silence angoissant, Gian part à sa recherche.

Impossible de ne pas voir les nobles intentions de Vic Sarin dans Partition, et surtout avec quel soin il les enrobe. Le cinéaste prêche évidemment la tolérance au-delà des barrières religieuses et culturelles, nous tendant un miroir sur les fanatismes qui marquent, parfois au fer rouge, le monde d'aujourd'hui. Ce discours apparaît pourtant convenu dans ce film qui sent davantage l'eau de rose que le vitriol. En habile maître de la lumière, et désireux de plaire au plus grand nombre malgré un sujet en apparence aride, Vic Sarin filme cette région du monde (en partie recréée en studio) d'une manière si proprette et si bellement folklorique qu'il en neutralise la misère et la violence. Du coup, il séduit, parfois, à défaut de convaincre et d'émouvoir.

La distribution n'échappe pas non plus à l'oeil esthétisant du cinéaste, Jimi Mistry et Kristen Kreuk formant un couple de rêve qui jurerait moins sur une couverture de magazine que dans ce modeste village d'un exotisme particulièrement raffiné. Il faut toutefois reconnaître à Jimi Mistry (si amusant en homosexuel tourmenté par l'esprit de Cary Grant dans Touch of Pink) une force intérieure, et parfois purement physique, qui donne à Partition une certaine intensité. Mais sa présence ne sauve pas le film d'un académisme trop souvent présent dans le cinéma canadien-anglais, même lorsqu'il prend le vent du large.

Collaborateur du Devoir

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