L'humour vigoureux de Christopher Guest

Après le petit monde des concours canins (Best in Show) et celui de la musique folk (A Mighty Wind), le satiriste Christopher Guest frappe dans sa cour avec For your Consideration, une comédie folle et vraie sur le monde du petit, petit, petit cinéma.

Le titre, For your Consideration, fait référence aux publicités achetées dans les publications professionnelles par les distributeurs et les producteurs de cinéma américains afin de pousser leurs candidats auprès des membres votants des académies, des syndicats et des associations de critiques. Par exemple, «For your consideration... Helen Mirren for best actress, The Queen», en est une que les lecteurs de Hollywood Reporter et Variety verront souvent.

À l'inverse, on risque moins de trouver celui de Catherine O'Hara. Quoique l'ironie serait sublime. Dans la satire de Christopher Guest, à l'affiche à Montréal depuis hier, cette formidable comédienne d'origine ontarienne campe une actrice de troisième ordre qui, en plein tournage d'un mélodrame niais où elle campe une maman juive mourante, a vent d'une rumeur circulant dans Internet voulant qu'elle pourrait, grâce à ce rôle, se retrouver en nomination aux Oscars. Lorsque la rumeur s'étend à deux autres partenaires du film, la fièvre s'empare de l'équipe, et de tous ceux qui, de près ou de loin, sont liés à la production.

«Ce n'est pas une idée nouvelle, ou un phénomène nouveau. Ça dure depuis des décennies. Les nouvelles technologies, ainsi que les chaînes d'information continue, l'ont tout simplement accélérée. [...] Au cours des vingt dernières années, j'ai connu pas mal de gens qui ont été emportés par ce genre d'incident et sont tombés dans la spirale du dialogue intérieur sur le possible de l'affaire. Certains étaient très connus, d'autres moins. Ils s'étaient fait dire, innocemment, que leur interprétation allait leur valoir ceci ou cela. Personne ne peut digérer calmement semblable nouvelle. Ça nous rentre dedans comme une attaque virale», soutient Christopher Guest, rencontré au dernier Festival international du film de Toronto.

Avec son coscénariste Eugene Levy, qui prenait part à notre table ronde impersonnelle dans une salle de réunion d'un grand hôtel torontois, Guest est l'auteur de certains des films les plus drôles de la dernière décennie. Les deux hommes forment le noyau dur d'une troupe d'acteurs comprenant, outre la Canadienne O'Hara et eux-mêmes, Michael McKean, Parker Posey, Fred Willard et Jennifer Coolidge. Leur humour est vigoureux, leur méthode, rigoureuse. Leurs scénarios sont précis, chaque scène est écrite dans le détail. Aux acteurs, sur le plateau, de trouver les mots justes, au gré de séances d'improvisation.

«Faire ce genre de films, ce n'est pas facile», reconnaît Guest. Le cinéaste, qui s'est fait connaître comme acteur comique auprès de l'équipe de Saturday Night Live, évoque notamment le virage formel que constitue For your Consideration par rapport aux opus précédents, qui prenaient la forme de faux documentaires. «Dans un faux documentaire, on peut à tout moment intercaler un extrait d'entrevue, une image d'archives, etc. Avec une narration en continu, c'est beaucoup plus difficile, on n'a pas de filet de sécurité.»

Il résulte de ce nouveau parti pris une comédie étonnamment souple et sensible, tendue entre le comique (aucun effet n'est épargné) et le sens, où le film dans le film devient le commentaire du réel. En effaçant complètement le dispositif et en tournant le dos à ses conventions habituelles, l'auteur de Waiting for Guffman a réalisé son film le plus mûr, le plus complexe, le plus drôle et, paradoxalement, le plus tragique. Là où ses films antérieurs sont nés d'une enquête, celui-ci est le fruit d'une expérience, de trente ans de métier de cinéma.

Confortablement installé à mi-chemin entre ceux qui ont atteint le sommet et ceux qui bûchent au pied de la colline, Guest avoue avoir un faible pour ces derniers. «C'est plus intéressant de faire un film sur des gens qui en arrachent. Je ne vois pas ce qu'il y aurait de drôle à suivre les pérégrinations de célébrités au sommet de leur gloire. On sait tous à quoi ressemble leurs vies. Je préfère les personnages auxquels les spectateurs peuvent s'identifier.» Pour Guest et Levy, la comédie, c'est du sérieux, et le sérieux, dans la comédie, est désormais une nécessité absolue. «Avec Eugene, on a fait beaucoup de comédies pures, au fil des années. À notre âge, on a envie d'y injecter un peu plus d'éléments sérieux, pour que ça soit plus profond, plus durable. [...] La comédie est toujours plus puissante lorsque les spectateurs établissent un lien émotif avec les personnages, une identification positive. Autrement, c'est du sketch, c'est du Airplane. Quand les gags s'arrêtent, le film s'arrête.»

Collaborateur du Devoir

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