Lettre d'amour en collages

Deux excellents portraits d'artistes se profilent en programme double à Ex-Centris jusqu'au 23 novembre. Moli qui? Molinari l'énigme, de Jo Légaré, compagne du peintre, fait suite à La Dernière Conversation, où elle captait en chant du cygne les ultimes confidences de Guido Molinari tout en remontant le cours de sa carrière.

Moli qui? se révèle résolument plus ludique que le documentaire précédent, une sorte de puzzle miroitant auquel participent des artistes, galeristes, historiens d'art, journalistes, tous familiers du peintre de la couleur à qui le film s'offre comme une lettre d'amour en collages.

C'est bien fait, tendre, joyeux comme le rire de celui que tous appelaient Moli, résonnant par-delà la maladie et la mort. Le revoici pourtant, intubé, capté dans ses derniers jours, mais sans la tristesse des adieux. Ses toiles aux bandes de couleurs éclatantes s'enchâssent dans le traitement filmique, comme à l'intérieur de poupées gigognes.

Le cours de la vie de l'artiste montréalais est remonté par fragments, laissant pourtant ses mystères au créateur, à l'homme à femmes, à l'érudit, au pont entre les continents que fut Molinari. Le film aborde aussi, sur un registre plus douloureux, la toxicomanie puis la mort de la fille du peintre, qui lui brisa le coeur. Une magnifique toile jaune témoigne de cette souffrance transcendée par l'art. Molinari sort du film plus humain qu'avant, plus vivant aussi, quoique disparu.

Dans un registre minimaliste, sous la forme d'entretiens, avec un regard porté sur la main d'un peintre en action, La Vie imaginée de Jacques Monoroy apparaît comme une passionnante réflexion sur la vie, l'art, la philosophie, l'illusion du monde.

Jennifer Alleyn, qui avait amorcé une trilogie avec le fascinant Svanok, poursuit sa quête sensible d'une réflexion sur le rôle de l'art. Jacques Monoroy, adepte de la «figuration narrative», peintre octogénaire parisien, aborde la monochromie (à base de bleu), la violence sublimée, le monde et le retrait du monde avec humour et sagesse. Le film, qui balaie un atelier, interroge une physionomie, écoute et regarde avec respect et tendresse, s'offre comme un testament de paix et d'harmonie.

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Moli qui? Molinari l'énigme

Réalisation: Jo Légaré. Images: Vincent Chimisso. Montage: Matthieu Roy-Décary et Jean-Nicolas Orhon. Musique: Simon Bellefleur et Jean-François Ouellet. Suivi de Jacques Monoroy. Réalisation et image: Jennifer Alleyn. Musique: Simon Bellefleur. Montage: Stéphane Lafleur. Cinéma Ex-Centris.