Financement - Le privé et la coproduction à la rescousse du petit et du grand écran

L'industrie québécoise de la télévision et du cinéma est à la croisée des chemins. Les derniers mois ont été marqués par une crise de croissance qui a laissé sur le carreau de trop nombreux joueurs. La solution? Diversifier le financement en ayant recours aux fonds privés et multiplier les coproductions, a estimé hier Jean G. Chaput, président de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC).

Cette année seulement, la SODEC a reçu 1200 projets en cinéma et en production télévisuelle. Ses moyens lui ont permis d'en accepter 450, une réalité qui la force à faire des choix qui ont un impact direct sur la relève. «À quoi sert une relève si nous ne pouvons pas la produire?», demandait encore hier le président de la SODEC, à l'occasion d'un déjeuner-causerie organisé par l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision.

Selon M. Chaput, le fruit est mûr et doit être cueilli. En dix ans seulement, le film québécois a vu son assistance passer de 550 000 à près de cinq millions de spectateurs. Mieux, les émissions québécoises comptent pour plus de 84 % de l'écoute totale. Malgré cet engagement, les fonds n'ont peu ou pas changé, au point de plonger l'industrie cinématographique dans une crise. Sans les dix millions débloqués par la ministre Line Beauchamp, l'année en cours aurait été bien en deçà du volume de production des dernières années.

Le hic, c'est que l'industrie québécoise n'est pas compétitive à l'extérieur de ses frontières, croit le président de la SODEC, qui voit dans la coproduction une piste de solution souple et prometteuse. «Il ne suffit plus de dire que le marché est trop petit. Le marché peut [...] devenir plus grand.»

La formule compte plusieurs exemples fructueux, que l'on pense au prochain film de Denys Arcand, L'Âge des ténèbres, coproduit avec la France, ou au dernier film de Philippe Falardeau, Congorama, tourné de concert avec la Belgique. «D'abord, on trouve une nouvelle source de financement; ensuite, on ouvre un second marché où faire voyager nos films», explique M. Chaput. La SODEC estime de surcroît qu'il lui faut être plus présent à l'étranger, dans les foires et les festivals notamment.

Créer et diversifier

L'apport du privé doit aussi impérativement être évalué, a estimé M. Chaput. Créer de la richesse reste un défi constant pour l'industrie québécoise, qui gagnerait à diversifier ses sources de revenus. «On est tous d'accord: nos films coûtent de plus en plus cher au fur et à mesure que la qualité augmente. Il faut trouver des moyens pour satisfaire ces besoins», a répété le président de la SODEC, non sans préciser que cet apport ne doit pas être interprété comme un désir de désengager l'État.

La SODEC n'est pas la seule à faire l'examen de tous ses mécanismes. Tout le milieu y travaille, de Téléfilm Canada aux producteurs, en passant par le ministère de la Culture et des Communications. Quels que soient les changements qui seront annoncés, il faudra que le nouvel environnement fasse en sorte que, s'il vivait encore, «Claude Jutra puisse encore tourner», a précisé Jacques Chaput.