James Bond, jamais à la mode, jamais démodé

Après un règlement de comptes à Prague, une essoufflante poursuite dans un chantier à Madagascar et un possible attentat à l’aéroport de Miami, le film Casino Royale effectue une courageuse pause, décrivant dans le menu détail des parties de ca
Photo: Après un règlement de comptes à Prague, une essoufflante poursuite dans un chantier à Madagascar et un possible attentat à l’aéroport de Miami, le film Casino Royale effectue une courageuse pause, décrivant dans le menu détail des parties de ca

Ceux qui n'étaient pas encore convaincus que James Bond est une figure indémodable et non un pur produit de la guerre froide devront se raviser devant Casino Royale, de Martin Campbell (de nouveau aux commandes après GoldenEye). Ce 21e film de la franchise Bond effectue un retour aux sources, celles qui conduisent à son créateur Ian Fleming et à son premier roman de la célèbre série publié en 1953, adapté sur le mode burlesque en 1967 avec Peter Sellers. Mais il brille aussi comme un diamant taillé dans le cynisme de notre époque, alimentée plus que jamais par l'obsession terroriste.

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Casino Royale
Réalisation: Martin Campbell. Scénario: Neal Purvis, Robert Wade, Paul Haggis, d'après le roman d'Ian Fleming. Avec Daniel Craig, Eva Green, Judi Dench, Jeffrey Wright, Mads Mikkelsen. Image: Phil Meheux. Montage: Stuart Baird.
Musique: David Arnold. Royaume-Uni-États-Unis-Allemagne, 2006, 144 min.
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Or, comme pour établir une rupture, Casino Royale fait l'économie des gadgets mais demeure fidèle à certains ingrédients: bagarres entre ciel et terre, beautés plantureuses et dry martinis, le tout dans une succession de cartes postales où batifolent des «Euro-vilains» à l'accent indéfinissable. Et au centre de cette débauche de complots, une figure apparaît, celle d'un espion increvable aux méthodes peu orthodoxes, cette fois incarné par un acteur athlétique aux yeux bleu de mer, Daniel Craig (The Mother, Enduring Love), dont la blondeur faisait craindre le pire à plusieurs: certains ont vraiment les tracas qu'ils méritent...

L'arrivée de Craig n'est pas qu'affaire de couleur de cheveux: son James Bond, bien que toujours impeccable en smoking, ressemble plutôt à une brute sanguinaire, tuant sans états d'âme, affichant ses blessures comme autant de médailles de guerre. Dépeint comme un hors-la-loi à la solde du MI6 — en soi une belle contradiction! —, il part à la chasse d'un banquier qui ne risque pas de se convertir aux vertus du microcrédit. Surnommé Le Chiffre (Mads Mikkelsen, glacial, et pas qu'en raison de ses origines danoises), il prête seulement aux terroristes et renfloue ses coffres en jouant au poker. Flanqué d'une comptable, Vesper Lynd (Eva Green, une Bond girl plutôt fade), feignant l'indifférence devant les charmes de son partenaire, Bond cherche à déplumer Le Chiffre, mais la partie (de poker) est mal engagée, surtout quand nos ennemis ne logent pas là où on croit.

Dans l'univers de James Bond, on n'a pas attendu les brillantes théories de Marshall McLuhan sur le village global pour le ratisser. Après un règlement de comptes à Prague, une essoufflante poursuite dans un chantier à Madagascar et un possible attentat à l'aéroport de Miami, le film effectue une courageuse pause, décrivant dans le menu détail des parties de cartes dans un chic club du Monténégro (la ville tchèque de Karlovy Vary et ses plus beaux atours). Pari bien sûr risqué, en partie réussi, où le visage de Craig, rude et impassible, ajoute un certain mystère à des scènes que l'on pourrait croire dénuées d'intérêt cinématographique.

Même si Casino Royale semble faire table rase des extravagances passées, où même les célèbres notes de guitare électrique précédant les pas de Bond semblaient pratiquement oubliées, Martin Campbell connaît la recette, et surtout les bons dosages. Bien qu'il s'attarde longuement sur les escapades touristiques (que c'est triste, Venise filmée par lui... ) et donne enfin au personnage de M. une importance à la hauteur du talent de Judi Dench, cette nouvelle aventure, tour à tour tapageuse et intimiste, consolide un empire qui n'est pas près de mourir. Les nostalgiques ne seront pas dépaysés, les puristes auront matière à débat et tous les autres, les plus nombreux, seront une fois encore repus de glamour, de destinations exotiques et, bien sûr, de prouesses, physiques et sentimentales, de Bond, James Bond.

Collaborateur du Devoir

* V.o.: Paramount, Colisée Kirkland, Carrefour Angrignon, Cavendish, Côte-des-Neiges, Lacordaire, Des Sources, Spheretech, Marché Central.

* V.f. : Quartier latin, Place LaSalle, StarCité, Paradis, Langelier, Lacordaire, Marché Central.