Image et Nation, 19e Festival international de cinéma LGBT de Montréal - L'écran des joyeuses transgressions

C’est sous le soleil de l’Espagne qu’Image et Nation se terminera avec 20 Centimetros, de Ramon Salazar. Source: Festival Image + nation
Photo: C’est sous le soleil de l’Espagne qu’Image et Nation se terminera avec 20 Centimetros, de Ramon Salazar. Source: Festival Image + nation

L'un des derniers rendez-vous cinématographiques de l'automne, mais non le moindre, Image et Nation, s'approche du chiffre magique: 20 ans. Avant les festivités de l'an prochain, qui vont souligner l'audace de bien des réalisateurs et la détermination d'une équipe portant cet événement à bout de bras, Image et Nation, qui débute ce soir et se poursuit jusqu'au 26 novembre, propose déjà d'heureux changements.

En effet, après quelques années au Parisien, le festival déménage ses pénates au Cinéma Impérial, en plus de se déployer à la fois à l'Université Concordia (cinéma de Sève) et au coeur du quartier latin (retour à l'intimité du Centre ONF). Des lieux plus spacieux pour accueillir une programmation toujours plus diversifiée, reflétant sous les modes réaliste, fantaisiste ou carrément fantasmatique la réalité des gais, lesbiennes, bisexuels et transsexuels.

Comment s'y retrouver, faire les bons choix parmi plus de 125 titres, entre les oeuvres de facture expérimentale — et parfois fauchées —, les films rassembleurs et les productions qu'il vaut mieux attraper dans les prochains jours au risque de ne jamais les revoir? Le cinéphile devra jouer les têtes chercheuses et faire pleine confiance au flair des programmateurs, mais voici tout de même quelques propositions inspirantes.

L'événement prend cette année des airs espagnols, et ce, dès aujourd'hui avec le film d'ouverture, Reinas, de Manuel Gomez Pereira. Le cinéaste a d'abord eu la bonne idée d'unir deux actrices fétiches de Pedro Almodovar, Carmen Maura et Marisa Peredes, et de traiter sur un ton léger d'un sujet que certains jugent dramatique: le mariage gai. Dix jours plus tard, c'est toujours sous le soleil de l'Espagne qu'Image et Nation se termine avec 20 Centimetros, de Ramon Salazar, une fantaisie débridée et flamboyante sur l'identité sexuelle et la quête de l'amour sur fond de chansons à succès.

Comme chaque année, la production américaine s'impose toujours en nombre, parfois en qualité, sous la forme de comédies (Another Gay Movie, de Todd Stephens; Eating Out 2, de Philip Bartell), mais aussi avec des films jouant de registres plus graves (Loving Annabelle, de Katherine Brooks; Park, de Kurt Voelker). La sélection se veut bien sûr aussi éclectique qu'internationale, avec des oeuvres provenant de l'Inde (Shabnam Mousi, de Fyogesh Bhardwaj), d'Australie (Tan Lines, d'Ed Aldridge) ou encore des Philippines (The Masseur, de Brillane Mendoza).

Il faudra aussi jeter un oeil sur la production documentaire, toujours aussi inspirante. Du photographe ami des culturistes Alan B. Stone (Eye of the Guy, de Phillip Lewis et Jean-François Monette) à l'obsession corporelle (Do I Look Fat?, de Travis Matthews) en passant par le changement de sexe, soit celui de maman... à papa (TransParent, de Jules Rosskam) et l'exploration de camps bibliques gais (!) (Camp Out, de Larry Grimaldi et Kirk Marcolina), le réel fut rarement aussi excitant.

Et parmi les événements parallèles aux projections de films, il faut souligner la tenue d'un colloque sur le cinéma LGBT, Nation et Transgression, le samedi 18 novembre, au cinéma de Sève. Au programme, une présentation vidéo de Thomas Waugh, professeur de cinéma à Concordia et figure incontournable des études sur la culture gaie, jamais effrayé par les sujets décoiffants. Sa causerie en images portera sur le sexe dans les toilettes publiques dans le cinéma canadien, suivie d'une table ronde où seront présents, entre autres, les réalisateurs John Greyson (Lilies), Michel Langlois (Cap Tourmente) et Patricia Rozema (I've Heard the Mermaids Singing). Et pour conclure cette journée, Thomas Waugh lancera son tout dernier ouvrage, The Romance of Transgression in Canada (McGill-Queen's University Press), une somme fascinante sur le cinéma canadien, exploré d'un océan à l'autre sous ses aspects les plus folichons et les plus irrévérencieux. Une découverte parmi bien d'autres lors de cette 19e édition d'Image et Nation.

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Collaborateur du Devoir

- Pour connaître l'ensemble de la programmation, l'horaire et la manière de se procurer des billets, consultez le site du Festival: www.image-nation.org.