À voir aux 9es Rencontres du documentaire

Un fleuve n'est pas qu'un fleuve, c'est aussi un lieu de passage et un véhicule de culture. Le beau documentaire Un fleuve humain, de Sylvain Lespérance, va et vient à travers le delta du Niger, au Mali. Le cinéaste signe une sorte de chant lyrique qui suit le rythme des saisons, les méandres fluviaux et les visages qui hantent ses rives. Place aussi à la chronique d'un cours d'eau qui se transforme sous la désertification. Le sable qui s'accumule au fond tue les poissons et les pêcheurs rentrent à peu près bredouilles. Les hippopotames ont déserté les îlots. Les nomades, les capitaines, les bergers, tous ceux qui vivent des crues du Niger, témoignent à l'écran. On retient surtout l'histoire poignante du berger devenu capitaine, trop tôt arraché aux bras de sa mère, qui s'évada pour la retrouver à l'âge adulte.

On reprochera à Sylvain Lespérance d'avoir parfois utilisé sa voix hors champ, trop monocorde, alors que les gens du coin parlent plus éloquemment que lui de cette eau qui s'enlise dans le désert. Ce qui n'empêche pas ce film d'être très beau, très poétique.

- Un fleuve humain. Réalisation: Sylvain Lespérance. Québec. Aujourd'hui à la Cinémathèque québécoise à 19h30. Samedi au cinéma de l'ONF à 17h20. Sylvain Lespérance donnera par ailleurs une classe de maître samedi à 13h30 à la Cinémathèque.

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Le sujet suprêmement délicat de la pédophilie est traité ici avec une infinie délicatesse. Refusant de considérer comme des monstres ceux qui ont de tels penchants, la cinéaste se penche sur les thérapies de prévention. Dans les faits, en France comme dans la plupart des pays, ces thérapies ne s'appliquent qu'après le crime, pour empêcher les récidives. Un hôpital de Berlin, au contraire, traite avec intelligence les pédophiles abstinents.

C'est à l'accueil d'une terrible douleur que ce film se place. Ces hommes, longtemps muets, se confient. Tu ne diras point démontre à quel point l'écoute et l'entraide valent mieux que la démonisation de ceux qui sont aux prises avec des pulsions aussi dangereuses. Un film très fin, respectueux, très beau aussi.

- Tu ne diras point. Réalisation: Aude Léa Rapin, France. Ce soir au cinéma de l'ONF à 20h30.