Une comédie simpliste et «plan-plan»

La scène se serait déroulée ainsi. Autour d'un bon repas, Ridley Scott (Alien, Gladiator) soumet à son ami, l'écrivain Peter Mayle, une idée de roman et de film «extraordinaire» qui raconterait la renaissance aux choses vraies et au sens de la vie d'un requin de la finance londonien, sur fond de Provence pittoresque et de vignoble en jachère. En fait de révolution, on a fait mieux la semaine dernière, et sans doute que ce sera pareil la semaine prochaine.

En attendant, A Good Year nous bourdonne sa «French song», propulsée par tout ce que la Provence peut receler de clichés et mise en relief par le constat amer puis de plus en plus amiable qu'en fait Max Skinner (Russell Crowe, au repos), parachuté là le temps de la lecture du testament de son oncle (Albert Finney), qui lui lègue son vignoble. Il y sera retenu par une série de mésaventures attribuables à la guigne (il rate son avion), à l'appât du gain (une Américaine débarque à la recherche du père qu'elle n'a pas connu, le défunt), aux souvenirs d'enfance (nombreux flash-back), enfin à la beauté du lieu et au chant des grillons, synthétisés par une jolie serveuse à l'anglais impeccable (Marion Cotillard).

Un lieu commun n'attend pas l'autre dans cette comédie simpliste et «plan-plan» (expression irrésistible employée par ma collègue Helen Faradji) farcie d'images d'Épinal, à côté de laquelle Sous le soleil de Toscane passe pour un essai d'anthropologie. Cette réflexion ludique et décorative sur les paradis perdus, la reconquête de l'innocence, des saisons et des repères moraux n'est pourtant pas sans qualités. Quelques traits d'esprit, ainsi qu'une réalisation sobre et attentive, rappellent qu'on est en présence d'un artisan doué du septième art. Hélas, ces qualités ne font que lisser la surface d'un film qu'on aurait aimé abrasif, impertinent, moins porté sur la décoration, davantage sur les sentiments conflictuels qu'inspirent la mort, le deuil, l'héritage et le devoir familial.

Par ailleurs, là où il aurait pu nuancer le trait, Scott passe du blanc au noir comme on ouvre et ferme des volets. Son héros antipathique devient sympathique, passe d'une tour de verre et d'acier à une bastide chaulée, de maîtresses résistantes à une conquête qui lui résiste, tout ça en l'espace de deux heures bien remplies où la Provence tient lieu de décor idyllique et où les Français (pourtant nombreux au générique) sont de simples figurants. À l'exception peut-être de Didier Bourdon et Isabelle Candelier, respectivement vigneron bourru et bobonne cuisinière, qui cachent un petit mystère viticole permettant à la deuxième heure de passer plus vite que la première. On leur en sait gré.

Collaborateur du Devoir

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A Good Year

De Ridley Scott. Avec Russell Crowe, Albert Finney, Marion Cotillard, Tom Hollander, Didier Bourdon, Isabelle Candelier, Freddie Highmore. Scénario: Marc Klein, d'après le roman de Peter Mayle. Image: Philippe Le Sourd. Montage: Dody Dorn. Musique: Marc Streitenfeld. États-Unis, 2006, 118 minutes.