L.A., mode d'emploi

Une tête brûlée et un petit naïf en bagnole à Los Angeles, impliqués, pas toujours malgré eux, dans des histoires de drogues et de crimes, ça ne vous rappelle rien? Certains se souviendront de Training Day, d'Antoine Fuqua, avec Denzel Washington et Ethan Hawke. David Ayer en signait le scénario, tout comme celui de Harsh Times, son premier long métrage à titre de réalisateur et un «copier-coller» de ce drame policier.

Que des parallèles évidents puissent s'établir entre les deux films ne devrait pas en soi rendre éprouvant le visionnement de Harsh Times. Or, pendant les deux heures de cette trop longue balade, deux amis ratissent la ville de long en large pour tuer le temps, calmer leurs frustrations, nombreuses, et débiter des insanités. C'est surtout vrai pour Jim Davis (Christian Bale), un vétéran de la guerre du Golfe dont les souvenirs, teintés de vert, le traumatisent encore, dévasté de ne pouvoir se joindre à la police de Los Angeles. Le témoin de ses colères se nomme Mike (Freddy Rodriguez), forcé par sa compagne bon chic bon genre (Eva Longoria) de se trouver un emploi au plus vite. Inutile de préciser que leurs recherches se résument à des séances de beuverie, à des altercations armées et autres splendides rencontres survoltées avec des vendeurs de drogues...

En plus de revivre la guerre dans sa tête, Jim a des préocupations qui vont en grandissant lorsque le département de la Sécurité intérieure, tout à fait conscient du caractère instable de l'homme, veut l'envoyer faire du sale boulot en Colombie dans le cadre de la lutte contre la drogue. Mais pour cela, il doit mettre sur la touche sa relation avec une Mexicaine (Tammy Trull) qu'il comptait épouser. C'est déjà trop pour cet esprit déréglé.

Le spectateur n'aura d'ailleurs aucun mal à croire au déséquilibre de ce personnage antipathique, que Christian Bale défend avec tout l'abandon, et la violence, dont il est capable — et chacun sait depuis American Psycho et The Machinist jusqu'où il peut aller trop loin... Mais son interprétation «over the top», qui en épuisera plus d'un, semble en constant décalage avec ce film trop sage, ennuyeux comme une promenade du dimanche sur une route de campagne. La caméra de David Ayer se contente de capter leurs bêtises plutôt que d'en souligner l'absurdité; la mise en scène ne fait que célébrer les enfantillages de deux hommes dont je ne me risquerai pas à déterminer l'âge mental.

Entre deux grognements et trois jurons, une bonne bière d'une main et le volant de l'autre, les tribulations de ce tandem de perdants pas très magnifiques agace par tant de répétitions inutiles. Jamais leur désespoir ne nous bouleverse, trop irrités que nous sommes devant ce triste spectacle d'une masculinité qui ne s'exprime qu'à la force des poings et à la pointe du fusil. Oui, les temps sont durs, surtout devant Harsh Times.

Collaborateur du Devoir

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Harsh Times

Réal. et scén.: David Ayer. Avec Christian Bale, Freddy Rodriguez, Eva Longoria, Tammy Trull. Image: Steve Mason. Montage: Conrad Buff. États-Unis, 2006, 116 min.