Craquements, stridulations et pétarades

Rares sont les films qui reposent essentiellement sur leur bande sonore. Quand il s'agit d'une production d'horreur, comme c'est le cas pour IIs, le bruitage peut devenir vraiment fondamental. On doit donc ici à Christine Charpail ces craquements et stridulations, froissements et pétarades sur lesquels repose beaucoup la tension de peur, axe du premier long métrage des Français David Moreau et Xavier Palud.

Ils, basé sur un fait divers (un couple d'étrangers fut massacré en Roumanie), entend susciter l'identification du spectateur à la terreur domestique ressentie lorsque des intrus montent à l'attaque de votre nid douillet, armés des pires intentions.

Caméra à l'épaule, images vidéo nerveuses, parfois floues, proches du noir et blanc, action lente sur de rares dialogues. Ce n'est pas Blair Witch Project, mais les cinéastes s'y sont de toute évidence référés.

Ils peine à trouver son rythme et les longueurs sont au poste. Ces effrayants bruitages comblent alors bien des vides.

L'histoire est celle d'un couple de trentenaires français heureux et amoureux. Elle (Olivia Bonamy), enseignante, lui (Michael Cohen), écrivain, logent dans une immense demeure en retrait de la capitale roumaine.

Pluie, nuit et brouillard. Aucune justification à l'agression en question. La démonstration est brute. On verra à peine les assaillants, réduits la plupart du temps à leurs pieds. Ça se joue dans un huis clos de Survival. Pourquoi pas? Mais accouchez.

Voici que la porte des tourtereaux est forcée et que des êtres mystérieux les poursuivent pour leur faire la peau, après avoir instauré un climat d'épouvante: couper l'électricité, actionner la voiture, faire claquer les volets, etc.

Une longue introduction du personnage féminin dans sa classe de français, une première agression de Roumaines qui annonce la suite, des roucoulements d'amoureux qui durent... L'avant-propos n'en finit plus de s'étendre. L'agression se jouera ensuite avec patience, d'un pas dans l'escalier à l'autre, d'une fuite dans les souterrains à l'échappée en forêt. Cohen et Bonamy épousent bien chaque escale de cette descente en enfer, mais faute d'une structure narrative mieux dessinée, les temps morts cassent souvent l'atmosphère.

Reste un projet intéressant qui refuse les ressorts habituels du film d'horreur: montée, climax, etc., pour préférer l'effroi diffus, instauré dans sa lenteur jusqu'au dénouement. Dieu merci, il y avait le son pour nous terrifier vraiment...

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Ils

Réal. et scénario: David Moreau et Xavier Palud. Avec Michael Cohen et Olivia Bonamy. Image: Axel Cosnefroy. Montage: Nicolas Sarkassian. Son: Christine Charpail.