Festival du monde arabe 2006 - Chicago Classical Oriental Ensemble: le compositeur d'abord!

Cette musique est orientale, vocale et très classique, même si violon et violoncelle sont intégrés à l'ensemble, contribuant ainsi au caractère bellement mélodique et lyrique du répertoire, s'élevant avec raffinement aux côtés du oud, de la cithare quanun et de quelques percussions qui indiquent la source première. L'interprétation est du Chicago Classical Oriental Ensemble(CCOE), extraite de leur seul disque.

Cependant, plus important encore en ce qui nous concerne, cette musique est celle de Cheikh Sayyed Darweesh, grandissime créateur égyptien du début du XXe siècle, dont l'influence fut déterminante sur Muhammad Abdel-Wahab et plusieurs autres de la plus importante génération de compositeurs qui ont suivi.

«Dans le monde arabe, les pièces sont d'abord associées aux interprètes. Notre objectif est de mettre le compositeur en valeur, le respecter, lui être le plus fidèle possible», précise Hicham Chami, excellent joueur de qanun et fondateur du CCOE en 2002. «Fondateur et non leader», tient-il à préciser. «L'ensemble est composé de cinq jeunes musiciens dans la vingtaine et de deux figures légendaires qui pratiquaient déjà leur art dans les années 30 et 40. Affirmer que je les dirige serait insultant pour eux.»

En effet, le percussionniste Michel Merhaj a participé à un nombre incalculable d'enregistrements de Fairuz alors que Youssef Kassab compte parmi les dernières grandes voix de la musique orientale.

Le Chicago Classical Oriental Ensemble présente demain au théâtre Maisonneuve la Symphonie du Nil, en hommage à Cheikh Sayyed Darweesh, un personnage à la fois comparé à Verdi, dont il affectionnait particulièrement la musique, et à... Jim Morrison, mort comme lui d'une surdose. Véritable homme du peuple, maçon de métier, activiste notoire, arrivé par hasard à la musique, il a écrit des milliers de titres... en sept ans, entre 1916 et 1923, entre musique savante et populaire.

Un de ces titres est même devenu l'hymne national de l'Égypte. Son importance est considérable: «Il fut le premier à introduire le piano et l'harmonie dans la musique arabe, un des premiers à remplacer le tacht, petit orchestre de chambre traditionnel, par un ensemble plus grand. Il inventait des expressions, utilisait des mots d'autres langues. Une phrase pouvait être ponctuée de grammaire anglaise, de mots grecs et de sémantique arabe. Oui, il fut un des précurseurs de la world music», conclut Chami.

Collaborateur du Devoir

- Symphonie du Nil, par le Chicago Classical Oriental Ensemble, demain au théâtre Maisonneuve.

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