L'amour de la campagne

Je vous trouve très beau ressemble beaucoup à la ferme d’Aymé, interprété par Michel Blanc, un lieu d’un autre âge qui correspond davantage à une idée folklorique, prévisible et rassurante, un espace où la routine des besognes et celle des
Photo: Je vous trouve très beau ressemble beaucoup à la ferme d’Aymé, interprété par Michel Blanc, un lieu d’un autre âge qui correspond davantage à une idée folklorique, prévisible et rassurante, un espace où la routine des besognes et celle des

Je vous trouve très beau. Réalisation et scénario: Isabelle Mergault. Avec Michel Blanc, Medeea Marinescu, Wladimir Yordanoff, Benoît Turjman. Image: Laurent Fleutot. Montage: Marie-Josèphe Voyotte. Musique: Bob Lenox et Alain Wisniak. France, 2005, 97 minutes.

Plusieurs Roumaines vont défiler devant le personnage de Michel Blanc, ici en agriculteur veuf et grincheux à la recherche d'une épouse. Pour le convaincre qu'il a devant lui la perle rare, elles diront: «Je vous trouve très beau.» Cela devrait suffire à vous convaincre du désespoir de ces jeunes femmes à vouloir marier un étranger pour fuir la misère de leur pays...C'est la prémisse à caractère social du premier long métrage d'Isabelle Mergault, très connue du public français, qui apprécie ses talents d'humoriste depuis de nombreuses années à la radio et à la télévision. Au cinéma, Mergault possède un profil moins flamboyant: actrice en dilettante, scénariste discrète (entre autres pour Gérard Jugnot avec Meilleur espoir féminin) et maintenant réalisatrice d'une histoire qu'elle croyait destinée à des mains plus expertes. On l'a convaincue du contraire.

De la réalité de la Roumanie de l'après-communisme et du libéralisme impitoyable, il est peu question dans Je vous trouve très beau. Ce fait d'actualité permet toutefois d'orchestrer la rencontre de deux êtres qui, autrement, auraient vécu en parallèle: les recettes de la comédie sentimentale, ancrée dans la grisaille d'une époque pour mieux s'en détacher, permettent tous les miracles... Et il en fallait un pour que le mal nommé Aymé (Michel Blanc, attachant dans la peau du rabat-joie besogneux mais avec un air de déjà vu) puisse trouver une femme qui accepte de jouer à la boniche dans une ferme d'un autre âge. Débordé, Aymé ne cherche surtout pas l'amour, et Elena (Medeea Marinescu, lumineuse et dont le français hésitant rehausse le charme), même si la perspective de laisser sa fille à Bucarest ne l'enchante pas, est prête à jouer son rôle d'épouse dévouée. Mais ce n'est pas simple avec un tel misanthrope qui fait croire à son entourage qu'Elena est une vague parente venue en France pour un stage.

Je vous trouve très beau ressemble beaucoup à la ferme d'Aymé, un lieu d'un autre âge qui correspond davantage à une idée folklorique, prévisible et rassurante, un espace où la routine des besognes et celle des sentiments se conjuguent au même rythme. Cet environnement où le cinéma français semble vouloir s'aventurer de moins en moins — vu d'ici, on ne semble que craquer pour la démesure de Paris et la grisaille du Nord... —, Isabelle Mergault s'y pointe avec l'émerveillement du touriste, racontant une histoire réglée comme une visite guidée. Ce qui nous vaut un parcours sans surprises et une finale déjà inscrite dans le ciel bleu de ce beau coin de pays.

Inutile de préciser que la cinéaste semble totalement dépourvue de prétentions — et parfois d'ambition... Elle construit avec application un récit qui fait d'abord la part belle à la comédie (en quelques répliques, et souvent la même, Renée Le Calm, la mémé de Chacun cherche son chat, vole le show) pour ensuite laisser place à cette romance improbable (surtout dans une réalité près de chez vous... ) à grand renfort de violons et croulant sous une montagne de quiproquos. On a déjà réalisé retour à la terre plus réussi, celui par exemple de Christian Carion dans Une hirondelle a fait le printemps. Quant à Isabelle Mergault, elle creuse beaucoup de sillons déjà labourés.

Collaborateur du Devoir

* V.o.: Quartier latin.

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Je vous trouve très beau

Réalisation et scénario: Isabelle Mergault. Avec Michel Blanc, Medeea Marinescu, Wladimir Yordanoff, Benoît Turjman. Image: Laurent Fleutot. Montage: Marie-Josèphe Voyotte. Musique: Bob Lenox et Alain Wisniak. France, 2005, 97 minutes.

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