Événement - CINARS 2006 pousse un grand ouf!

Un «grand ouf! de soulagement» a parcouru hier le petit quartier général de l’événement CINARS quand a commencé à circuler l’information qu’Ottawa allait faire marche arrière dans le dossier de l’aide aux tournées.

CINARS est le rendez-vous bisannuel incontournable des professionnels québécois des arts de la scène attirés par l’import-export des productions. Bon an mal an, depuis plus de deux décennies, l’événement réunit près de 1000 artistes, agents, diffuseurs, producteurs et observateurs en provenance d’une soixantaine de pays. La prochaine édition de l’événement se déroulera à Montréal du 14 au 18 novembre.
«Nous avons poussé un grand ouf de soulagement, parce que l’annonce du gel des subventions était vécu comme une catastrophe chez nous comme dans tout le milieu des arts de la scène, explique Alain Paré, président-directeur général de CINARS, en entrevue hier avec Le Devoir. Notre objectif est de faire la promotion et d’aider à l’exportation des productions artistiques, ce qui s’avère impossible sans l’aide financière des gouvernements.»
En même temps que d’autres compressions budgétaires, le ministère des Affaires étrangères a annoncé le mois dernier la fin du programme de promotion des arts, doté d’une enveloppe de 4,7 millions pour soutenir la présentation de spectacles canadiens hors frontières. Après des semaines de critiques et de pressions provenant des clientèles concernées mais aussi de l’opposition bloquiste et de Québec, le ministre Peter Mackay a annoncé en chambre avoir «repris le financement pour les tournées internationales».
Les retombées des éditions de CINARS ne se font massivement sentir qu’au bout de deux ou trois ans, délai de programmation oblige. La danse est à l’honneur de la 12e mouture, en ce sens que la vitrine internationale ouvre avec la version intégrale du Carré des Lombes, le 14, au Monument-National. Le programme comprend ensuite des spectacles ou des extraits des compagnies Coleman Lemieux ou Dave Saint-Pierre, entre autres. Le reste de la proposition inclut à peu près à parts égales du théâtre (Gors Mécano, Le Clou... ), de la musique (La Nef, Montréal Guitare trio... ) et des arts multidisciplinaires (Dulcinée Langfelder, 360 mouvements par minute... ). CINARS 2006 offre aussi des ateliers sur la cocréation artistique, la réciprocité, les résidences d’artiste et le développement des publics.
Les inscriptions des acheteurs et des programmateurs augmentent de 15 à 20 % par édition depuis une dizaine d’années, selon le p.-d.g. Il note aussi que plusieurs participants utilisent le rendez-vous comme structure de réseautage. «Les Australiens viennent par exemple ici pour rencontrer des Européens», note Alain Paré.
Chacune des éditions essaie aussi de mettre l’accent sur un marché à développer. Après l’Europe du Nord (2002) et l’Europe de l’Est (2004), l’effort se concentre cette fois sur l’Asie. La Corée du Sud envoie à elle seule une quarantaine de participants, et le Japon, une trentaine. Il y aura aussi des délégations de Singapour et de la Chine.
«C’est un marché en pleine expansion, commente M. Paré. D’ici quelques années, ce sera aussi le plus gros débouché pour les productions de la scène du Canada comme du reste du monde.» Il vient de passer un mois en Chine et a été fasciné par l’appétit d’une partie du public pour les créations audacieuses. Il raconte que les billets se vendent tous sitôt les affiches posées. «L’offre traditionnelle en ballet ou en musique classique trouve toujours preneur. Mais les plus jeunes Chinois s’ouvrent sur le monde et redemandent des créations contemporaines.»
L’Asie compte une douzaine de villes de plus de 12 millions d’habitants. Certains pays occidentaux y font autrement plus d’efforts que le Canada pour se positionner dans cette partie du monde. La France, la Grande-Bretagne et d’autres pays européens ont par exemple placé leurs architectes à la tête des chantiers de construction de salles de spectacles à la douzaine, qu’il faudra ensuite animer par des programmations internationales. «Des liens sont tissés et les répercussions se feront sentir à long terme, conclut le président. Le wagon du Canada traîne loin derrière... »

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