21e Festival de cinéma international en Abitibi-Témiscamingue - Une longue tradition cinéphilique

Rouyn-Noranda — Samedi soir, le Théâtre du Cuivre était plein à craquer pour l'ouverture du 21e Festival de cinéma international en Abitibi-Témiscamingue. On y présentait pourtant un long métrage danois sous-titré. Mettons qu'il n'aurait pas nécessairement rallié le grand public dans les régions où seules les productions d'Hollywood doublées ont le droit de cité. Ici, le festival existe depuis 21 ans mais repose sur une tradition cinéphilique plus longue encore. Le sous-titrage et les comédies fines sont entrés dans les moeurs locales. Au moment de changer d'heure, à l'équinoxe d'automne, la ville se met d'une fois à l'autre à celle du septième art.

Un film danois donc, Petits incidents de Annette K. Olesen, était donc servi samedi à l'ouverture (après le court métrage français Undercover mêlant comédien dans la salle et histoire à l'écran, déjà présenté au FFM. Le gag déride le public à tout coup.).

Petits incidents est une chronique familiale tendre, violente et acidulée, qui déploie ses tensions et ses crises après la mort de la mère. Rien de transcendant, mais un bon film, reposant surtout sur le sourire du père (Jorgan Kiil) et sur la sensibilité de la fille cadette (troublante Maria Würgler Rich). Petits incidents est proche des films du dogme, à mi-chemin entre Festen et Italien pour débutants et réclame de l'auditoire une certaine qualité d'écoute. Pas de problèmes. À Rouyn, il l'a.

Ce sont pourtant les premières de films québécois qui prennent tout leur sens dans la capitale du cuivre. Un court métrage de 25 minutes de Rosa Zacharie Une éclaircie sur le fleuve a apporté ici une émotion pudique, dans un face-à-face cruel et touchant entre une fille (Isabel Richer) et son père (Jean Lapointe), à travers un film d'ellipse et de silences mais aussi de mots très durs.

On dit que le cinéma québécois est celui de la quête du père. C'est dans cette filiation que Rosa Zacharie inscrit sa première fiction, inspirée de sa relation personnelle avec son père. Ici le personnage est un solitaire, presque misanthrope, à qui sa fille rend visite à Pâques et qui, de soir de crise en matin de douceur, entrouvre ce qu'il peut entrouvrir.

La réalisatrice dit que son film parle de la vérité des relations humaines existant au-delà des attentes du contact idéal. Isabel Richer de son côté affirme avoir trouvé une inspiration en Jean Lapointe. «J'avais juste à me brancher sur lui, disait-elle en entrevue. Et le jeu venait tout seul.»

Autre première d'un film québécois, Rien sans pennes de Marc Girard. Le cinéaste est un fils de Rouyn-Noranda, célébré comme tel; la grande famille élargie assistant à la naissance du film. Marc Girard a réalisé un documentaire sur sa passion: la fauconnerie, «Jamais, dans un autre festival, on ne m'aurait réservé un tel accueil», disait-il avec raison.

Rien sans pennes a su nous toucher avec sa poésie fragile. On y assiste au patient dressage d'oiseaux par un Marc Girard qui nourrit, éduque à l'écran un premier faucon, puis un deuxième. Le film montre le lien qui se tisse entre l'homme et l'oiseau, un lien évoquant celui d'un parent qui n'attend pas la reconnaissance de son enfant, mais lui apprend à devenir libre.

C'est beau, rempli d'espace, de douceur, avec la grâce du faucon qui illumine l'image. Marc Girard avoue avoir voulu marier son apprentissage du cinéma à celui de la fauconnerie. Et d'expliquer qu'au Québec, la tradition de la fauconnerie s'est égarée et n'est pas réglementée. C'est un peu à la renaissance de cet art dans nos terres que le cinéaste amoureux de la nature travaille.

On a vu hier aussi, un road movie allemand un peu mineur mais charmant: Julie en juillet de Fatih Akin, avec Moritz Blebtreu (l'acteur de Das Experiment) et Christiane Paul. Place à une aventure romanesque et fofolle entre une jeune femme romantique et non conventionnelle et un jeune prof naïf en découverte initiatique.

Le distributeur et le directeur du festival ont essayé de convaincre Moritz Blebtreu (une grande star en Allemagne) de venir à Rouyn-Noranda. Encore fallait-il d'abord lui expliquer où était le Rouyn-Noranda en question. Ça a failli marcher, semble-t-il, mais l'acteur avait des conflits d'horaires... comme bien d'au-tres. Cette année, il manque de grosse visite étrangère au festival abitibien. Pour certaines cuvées, la récolte de stars est bonne. Depuis deux ans, ça s'étiole. Difficile d'être au pays des mines en essayant d'attirer Thierry Lhermitte ou Moritz Blebtreu. Mais parfois, le miracle arrive. Une autre année, peut-être...