À voir à la télé le vendredi le 1er novembre - Zone grise

Grand amateur de jazz et de polars, le cinéaste Alain Corneau laissait percevoir, dans ses premiers films, une filiation directe avec Jean-Pierre Melville, illustrant de manière impitoyable un monde corrompu et sans espoir. S'il a souvent pris ses distances avec le genre et son célèbre prédécesseur, parfois avec succès (Nocturne indien, Tous les matins du monde), Série noire (1979) représente à merveille ses premières ambitions sur fond de décrépitude morale.

Adapté du roman de Jim Thompson, Des cliques et des cloaques, ce troisième long métrage de Corneau nous plonge au coeur d'une triste banlieue dont la grisaille va progressivement tourner au rouge. Personne ne fait vraiment attention à Franck Poupart (Patrick Dewaere, dans un de ses plus grands rôles au cinéma), «Poupée pour les intimes», représentant de commerce encore plus minable que le décor dans lequel il évolue. Cherchant à sortir de sa misère et à attraper au passage l'énigmatique Mona (la toute jeune Marie Trintignant) que sa mère pousse à la prostitution, il va inventer quelques stratagèmes meurtriers qui vont tourner au vinaigre.

Dans une atmosphère portée par la musique de Duke Ellington, Série noire ne fait aucune concession dans sa description d'un univers peuplé de ratés, où le mensonge et la traîtrise sont monnaie courante. Tous les acteurs, de Myriam Boyer à Bernard Blier mais surtout Patrick Dewaere, se plient de bonne grâce aux partis pris violemment désespérés d'Alain Corneau, nous laissant parfois dans des zones baignées par l'ombre plutôt que par la lumière. À la sortie du film, il revendiquait cette position de repli, nous laissant avec nos questions: «Mon boulot, c'est de prendre un exclu, un de ces types que la vie rend incapables de s'exprimer, et de le mettre en état de parler. Ce qu'il dit, ensuite, est une affaire entre le spectateur et lui.»

Série noire

TQ 23 h