Cinéma - Un Américain à Paris

Plutôt que de continuer de sombrer dans l'ennui et de nous y entraîner à sa suite (Beloved), Jonathan Demme tente de retrouver l'esprit ludique des premiers films qui l'ont fait connaître (Married to the Mob, Something Wild). Dans The Truth About Charlie, un remake de Charade (1963), de Stanley Donen, avec Audrey Hepburn et Cary Grant, il s'amuse à jouer les touristes américains à Paris, à flirter avec l'esprit de la Nouvelle Vague et à éparpiller dans la capitale les morceaux d'un mystérieux puzzle. Celle qui devra les remettre en place aura fort à faire, d'autant plus qu'elle n'a pas de grandes dispositions pour l'espionnage, passant la durée du film à aller de surprises en révélations.

De retour de vacances, la belle Regina Lampert (Thandie Newton) découvre son appartement vide et saccagé et retrouve à la morgue Charlie (Stephen Dillane), son mari assassiné. Cette mort l'oblige à lever le voile sur le passé obscur d'un homme qu'elle ne connaît pas vraiment et à faire la connaissance d'un cortège d'ennemis qui veulent mettre la main sur l'argent qu'il leur a subtilisé. Protégée par un homme mystérieux et trop bien informé (Mark Wahlberg), suivie de près par une enquêteuse de la police française (Christine Boisson) et talonnée par un dénommé M. Bartholomew (Tim Robbins) du gouvernement américain, Regina ne sait plus où donner de la tête.

Dans cet univers où tout le monde ment, où personne ne dévoile ses véritables intentions pour parvenir à ses fins, les quiproquos et les cavalcades ne se comptent plus, les personnages ratissant Paris de long en large à la recherche d'une insaisissable vérité. Cette course à obstacles, trépidante parfois, faussement complexe trop souvent, est soutenue par le désir manifeste de Jonathan Demme de créer un sentiment de douce ivresse plus que de panique. Filmé caméra à l'épaule, multipliant les scènes où les personnages regardent la caméra, s'offrant la plus prestigieuse armada de figurants (Agnès Varda, Magali Noël) et de caméos (Charles Aznavour, Anna Karina), The Truth About Charlie pétille comme du champagne.

Mais les champagnes, on le sait, sont de qualité inégale. La mise en scène du réalisateur s'avère résolument tape-à-l'oeil, prenant à témoin le spectateur complice (du moins celui pour qui Resnais ou Tirez sur le pianiste, de François Truffaut, veulent dire quelque chose...), séduisant les autres en utilisant Paris au maximum de ses capacités de carte postale universelle. Pourtant, ce regard à la fois cinéphile et terriblement cliché, où l'on n'hésite pas à affubler Walhberg et Robbins d'un magnifique béret, en dit long sur la vision poussiéreuse d'Hollywood sur la France.

Jouant la double carte de l'humour et du frisson, plaquant une musique exotique à la morgue ou multipliant les effets visuels (ralenti, accéléré) même pendant les scènes les plus tragiques (bonjour Godard), l'exercice amuse mais ne convainc jamais complètement. Toujours côté conviction, le bât blesse chez les principales vedettes du film, au premier chef Mark Wahlberg dont le pauvre français ressemble à de la phonétique mal assimilée, plus poseur que séducteur. Quant à Thandie Newton, émouvante dans Shanduraï, de Bertolucci, et que Demme avait déjà dirigée dans Beloved, ses talents comiques restent à prouver.

Si je fais partie de ceux qui ne peuvent comparer The Truth About Charlie avec Charade, de Stanley Donen, que l'on dit difficile à égaler, j'ajouterai tout de même que les nombreux revirements que réserve l'intrigue compenseront le léger sentiment

d'inutilité qui se dégage du film. Comme un voyage organisé à Paris, vu de l'intérieur d'un autocar.