Graine de joueur

Le jeu est parfois une plaie vive, surtout depuis que le gouvernement du Québec emplit ses poches avec les profits des casinos et des machines à sous. Cette année, Johanne Prégent, dont le documentaire Jeux d'enfants$ était présenté à la télé, lançait un pavé à la face des parents à travers le constat d'un jeu pathologique qui fait des ravages chez les mineurs: gratteux, machines à sous, incursions dans les casinos avec des fausses cartes. Une graine de joueur, ça pousse tôt dans la vie, d'autant plus que la pensée magique d'un gain rapide sans besoin d'effort et de travail trouve particulièrement crédit chez les plus jeunes.

On peut voir ou revoir ce film, qui prend l'affiche au cinéma, en se laissant imprégner par le malaise.

Jeux d'enfants$ est présenté jumelé avec Maudite machine!, un excellent documentaire intimiste de Biz (du groupe Loco Locass) réalisé à quatre mains avec Christian M. Fournier.

Le personnage central du film, René, serveur dans une taverne, se livre à la caméra avec un grand naturel. La vie des tavernes, autrefois butinante de conversations viriles, est aujourd'hui livrée aux machines de vidéo-poker devant lesquelles chacun s'assoit en solitaire pour y perdre sa chemise autour d'une bière. Au fil des confidences de René et des habitués de la boîte, on apprend que des clients se sont suicidés après de trop lourdes pertes au jeu. On découvre aussi le passé de René, rescapé lui-même de la machine à la veille d'être broyé. La confiance des protagonistes envers les cinéastes est palpable et la caméra se laisse oublier. Ce qui contribue beaucoup au climat confidentiel de cette oeuvre généreuse.

Il faut entendre aussi le porte-parole de Loto-Québec patiner pour minimiser la responsabilité de l'État dans cette dépendance qu'il a créée de ses propres mains. Le contraste entre la simplicité des joueurs et la langue de bois du fonctionnaire est plus éloquent que tout.