Le mariage (indien) de l'année

Alors que la réalisatrice canadienne Deepa Mehta amorçait le tournage de Water, la troisième partie de sa trilogie indienne, dont le premier opus, Fire, avait surtout enflammé les esprits conservateurs de son pays d'origine, d'autres polémiques l'ont empêchée de mener son nouveau film à terme. Question de poursuivre son exploration de la culture indienne, et surtout de certaines traditions ancestrales parfois étouffantes et rétrogrades, elle a choisi le territoire plus rassurant de Toronto et opté pour la comédie dans Bollywood Hollywood.

Ces deux lieux mythiques, usines à rêves préfabriqués qui fonctionnent à plein régime, ont beaucoup en commun malgré les apparences, surtout dans cette célébration du bonheur conformiste. Par contre, les moyens de diffuser leurs pernicieux messages divergent, les producteurs indiens préférant miser sur les recettes de la comédie musicale dans un contexte souvent familial. Deepa Mehta s'est inspirée de ces archétypes sur fond de décor nord-américain, avec un zeste irrévérencieux.

Play-boy fortuné, Rahul (Rahul Khanna) se considère affranchi d'une mère castratrice (Moushumi Chatterjee) et d'une grand-mère autoritaire (Dina Pathak), toutes les deux rêvant pour lui d'un mariage avec une Indienne, alors qu'il fréquente la chanteuse Kimberly (Jessica Paré), la «Britney Spears du Canada». Sa mort subite, et un peu grotesque, va modifier les plans de Rahul et l'obliger à sauver les apparences en engageant Sue (Lisa Ray), une escorte vaguement latino qui, pour une forte somme d'argent, va s'amuser à jouer la future épouse pur curry. Il ne sera pas au bout de ses surprises devant celle qu'il croit ignorante des coutumes indiennes, étonné aussi de voir ses sentiments se transformer à son égard.

Toutes ces péripéties sentimentalo-familiales sont entrecoupées de nombreux numéros musicaux servant à commenter l'action, à décrire l'humeur changeante des personnages, sans cesse partagés entre l'euphorie et le désespoir, et à pasticher un genre qui ne craint pas l'outrance. Le film propose différents chocs, dont celui entre la tradition et la modernité, mais également entre les coutumes colorées de la communauté indienne à Toronto et une culture occidentale où l'on cite pêle-mêle Shakespeare, Pablo Neruda... ou Atom Egoyan (une scène se déroule dans un bar de danseuses nues nommé Exotica).

Les contrastes sont multiples dans Bollywood Hollywood, entraînant des batailles continuelles entre les gardiens du passé et les tenants du changement. Ces querelles sont atténuées par l'étrangeté de certaines situations et l'introduction d'éléments musicaux ou carrément fantastiques, comme la présence du spectre du père de Rahul. Cette galerie parfois farfelue n'est pas non plus exempte d'exagérations inutiles, Deepa Mehta abusant aussi des outrances qu'elle dénonce, tout en enfermant son récit dans les poncifs habituels de la romance sucrée, Pretty Woman et My Big Fat Greek Wedding venant trop souvent à l'esprit. Son film souffre parfois de la comparaison, alors que la compétition est loin d'être forte...

Plus près du divertissement sans conséquences que de la comédie grinçante, même si la cinéaste cherche la provocation de manière un peu trop appuyée pour atteindrer pleinement sa cible, Bollywood Hollywood ressemble à ces mariages très coûteux et vite passés, où l'on s'amuse sans excès mais dont le souvenir se dissipe assez vite.