Une robe un peu lourde pour une petite tailleuse

Certains se rappellent à quel point le roman de Dai Sijie, Balzac et la petite tailleuse chinoise, encensé en 2000 par Bernard Pivot sur le plateau de Bouillon de culture, fut par la suite un best-seller. Le livre, avec une histoire en grande partie autobiographique, montrait la puissance que peut dégager la lecture comme vecteur de transformation intérieure, et ce, au milieu des circonstances extérieures les plus pénibles.

Voilà que Dai Sijie, au départ cinéaste, a pris la caméra pour adapter sa propre histoire en transformant le roman en scénario. Disons tout de suite que le film en question se révèle assez académique. Le livre dégageait un charme qui ne s'est pas complètement transmis à l'écran. C'est d'ailleurs souvent le lot du cinéma d'asséner des images là où l'évocation intérieure littéraire paraît en général plus subtile.

Cela dit, Balzac et la petite tailleuse chinoise possède plusieurs éléments susceptibles d'intéresser le grand public. Il mêle, au début des années 70, la romance et l'histoire à travers la révolution culturelle de Mao, le tout parmi de beaux paysages insolites.

Que le langage du film ne défonce rien et demeure collé à des conventions assez éculées va peut-être aider Balzac et la petite tailleuse chinoise à atteindre plus profondément le grand public. Qui sait? Mais on ne saurait parler ici d'oeuvre d'auteur vraiment originale.

Réveiller les fantômes de la Révolution culturelle donne pourtant froid dans le dos. De fait, l'histoire de ces deux adolescents issus de familles dites réactionnaires, envoyés dans les hautes montagnes en rééducation pour charroyer de la merde, passionne par l'absurde. Les héros (incarnés par Chen Kun et Liu Ye), parce qu'ils savent lire et jouer du violon, deviennent conteurs auprès des paysans incultes, semant le rêve autour d'eux. Le vol d'une caisse de livres occidentaux interdits leur permettra de parfaire l'éducation d'une jolie jeune tailleuse (Zhou Xun) dont tous deux sont épris. C'est donc sur fond de romantisme et d'amour de l'art sous un régime carcéral que cette passionnante aventure se joue.

En passant du livre au film, Sijie a gommé des péripéties, bien entendu. Il a surtout tourné rond les coins, sans prendre toujours le temps de lier les événements entre eux. Ça roule trop vite, et les émotions ne bénéficient pas d'une patiente montée, comme dans le roman. Par ailleurs, des scènes contemporaines pas très inspirantes ont été ajoutées.

Les acteurs, sans faire d'étincelles et sans en imposer par un charisme transcendant, jouent juste, et les interprètes des trois adolescents sont crédibles, tout comme les acteurs incarnant le chef du village et le vieux tailleur. En gros, l'histoire est pourtant la même que dans le roman, privée d'une petite magie mais avec à peu près tous ses morceaux. Si Balzac et la petite tailleuse chinoise parvient à intéresser le grand public à l'histoire de la Révolution culturelle chinoise en lui indiquant au passage les vertus curatives de la littérature, le film aura déjà accompli beaucoup.