Faire rire, un travail sérieux

Francis Veber est le plus français des habitants de Los Angeles. En fait, depuis des années, pour écrire des scénarios situés dans sa patrie d'origine, il sent le besoin de se retirer en Californie, où il n'est ni connu, ni dérangé. Le recul social fait le reste pour l'inspirer. Un exercice qu'il trouve long et difficile.

Le réalisateur français du Dîner de cons (adapté de sa propre pièce), du Jouet et du Placard fut d'abord un scénariste et un dramaturge prolifique présent dans le paysage français depuis 1969.

Le voici à Montréal pour accompagner la sortie de La Doublure, film dans lequel un pauvre type doit héberger une top model dans son appartement, jouant les potiches dans une histoire d'adultère et de gros sous.

La comédie est la tasse de thé de Veber et faire rire, un travail qu'il accomplit avec le plus grand sérieux. «Trouver l'angle comique est difficile, estime-t-il. Dans La Doublure, le médecin malade finit toujours dans le lit des patients. Ça m'a pris du temps avant d'en trouver l'idée.»

Il éprouvait à l'écriture des problèmes avec le fait que la top model accepte 20 millions d'euros pour vivre avec un voiturier. «Aux États-Unis, les gens à qui j'en parlais trouvaient la situation normale. En France, ils disaient: "C'est une pute!" Question de société! La ligne était mince, et seules l'intelligence et la gentillesse naturelles d'Alice Taglioni en top model rendaient le rôle possible et sympathique.»

Le cinéaste affirme avoir rencontré près de 70 mannequins toutes plus resplendissantes les unes que les autres, qui ânonnaient à l'audition leurs répliques avec un accent russe prononcé. Alice Taglioni tombait à point.

Veber est beaucoup plus familier des premiers rôles masculins que féminins. Avec La Doublure, il s'est pris au jeu de la psychologie féminine, jure de recommencer.

Quand vous lui demandez la définition d'un François Pignon, personnage fétiche qui traverse ses films sous une forme ou l'autre, il répond que ce sont des êtres qui ne dominent pas la situation. D'autres tirent les ficelles pour eux. Sortes de clowns blancs ballottés par le destin, ils s'en sortent en bout de ligne. Jacques Brel, dans le personnage de L'Emmerdeur de Molinaro (sur un scénario de Veber), fut le premier en titre. Pierre Richard, dans La Chèvre et Le Jouet, s'est révélé un grand Pignon. Idem pour Jacques Villeret dans Le Dîner de cons, etc.

Le succès

C'est l'humoriste Gad Elmaleh qui coiffe le bonnet du Pignon dans La Doublure, avec une dégaine triste et des airs de Buster Keaton. Éperdu d'amour pour une amie d'enfance (Virginie Ledoyen), son personnage deviendra l'ami de la blonde créature qui lui tombe du ciel. «C'est la revanche du petit contre le gros, explique Veber. Tous mes Pignon rebondissent sur des situations pièges. Ils s'en sortent mieux que les puissants. De fait, dans La Doublure, le milliardaire incarné par Daniel Auteuil (qui était le Pignon du Placard) se fait rendre la monnaie de sa pièce. Je ne suis guère fasciné par les gens d'argent et de pouvoir. Le trop-plein tue le sentiment et l'âme. Pas la peine d'être gentil avec ceux qui ont du fric..»

Le succès, aux yeux de Francis Veber, est une substance bien mystérieuse. «Personne ne croyait à l'argument du Dîner de cons. Je voulais refiler l'écriture à d'autres, mais en vain. Si bien que j'ai écrit la pièce moi-même, suivie du film. Ce fut mon plus gros succès. Allez comprendre!»

La réussite est un moteur puissant, qu'il traque d'une oeuvre à l'autre, avec un bonheur inégal. Cette fois, Francis Veber écrit une pièce, dont il ne possède encore que le premier acte; une histoire de maison hantée et d'adultère, dont il cherche les rouages des rebondissements. «Si vous avez une idée pour la suite, appelez-moi», dit-il. Promis! Mais on lui abandonne avec plaisir ses affres de créateur.

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