À vaincre sans péril...

Le cinéma d'animation hollywoodien ressemble à une immense ménagerie. Du fond des mers (Finding Nemo) aux confins des galaxies (Chicken Little), de la période glaciaire (The Ice Age) au caractère intemporel des contes de fées (Shrek), la faune animale s'agite avec une hystérie qui ressemble à la nôtre, courant sans cesse, et, c'est le cas de le dire, après sa queue...

Nous sommes donc en terrain familier dans Open Season, de Jill Culton et Roger Allers, deux cinéastes associés, entre autres comme scénaristes, à des succès comme Monsters, Inc. et The Lion King. J'entends d'ici les enfants trépigner d'impatience à la perspective de revivre le même enchantement. Il faut pourtant prévenir les parents de réviser à la baisse les attentes de leur progéniture, même si cette partie de chasse pétaradante recèle bien des moments d'excitation. Mais d'éblouissement et d'inventivité? Ce n'est pas si sûr.

En tablant sur la formule, usée à la corde mais toujours efficace, du tandem dépareillé, Open Season montre déjà ses limites, ses modestes ambitions. En effet, rien n'est plus prévisible que la rencontre entre Boog (voix de Martin Lawrence), un grizzly domestiqué toujours à côté de ses grosses pattes, et Elliot (voix d'Ashton Kutcher), un jeune cerf volubile épris de liberté, le premier ayant aidé le second à s'extirper des cordes de Shaw (voix de Gary Sinise, un choix parfait), un chasseur sans foi ni loi. Après une virée mémorable dans un magasin où les deux copains ont tout cassé, Beth (voix de Debra Messing), garde-forestière et mère adoptive de Boog, se voit forcée de tirer un trait sur la carrière de Boog comme bête de foire et de le retourner dans la nature. Comme on s'habitue au luxe et au confort, Boog n'a qu'une idée en tête: retrouver sa protectrice, et son nid douillet. En compagnie d'Elliot, le périple en forêt se révèle dangereux, car c'est bientôt l'ouverture de la chasse et Shaw n'a pas attendu le signal du départ: le salaud est déjà à leurs trousses.

Si le tandem tourne en rond dans une clairière avant de frayer son chemin, le scénario d'Open Season, lui, regarde droit devant, racontant de la manière la plus simple possible un récit mille fois rabâché, où se succèdent épisodes casse-cou et scènes larmoyantes. Heureusement que Phil Collins et Elton John, les rois de la musique guimauve dans ce type de productions, manquent à l'appel, remplacés ici par les plus discrets Paul Westerberg et Ramin Djawadi, avec leurs tonalités folk.

Cette sobriété mise à part, on retrouve dans Open Season l'habituel mélange de références culturelles puisées dans l'air du temps et de bons sentiments, opposant ici la candeur des animaux à la méchanceté des humains. Le message résonne avec la subtilité d'un coup de fusil en pleine forêt... Mais les exploits trépidants ne manquent pas, et certains sont d'ailleurs d'une grande virtuosité technique — à défaut d'un souffle poétique —, l'animation numérique, ou plutôt ceux qui la manipulent, ayant une double obsession: celle du réalisme et de l'extravagance. L'illusion de la nature semble parfois plus près de la carte postale que du tableau de grand maître, et les pirouettes, celles accomplies dans une petite épicerie ou au milieu d'une rivière déchaînée, n'ont rien à envier au jeu vidéo le plus étourdissant. Bref, une partie de chasse où tous s'acharnent à viser juste. Mais à vaincre sans péril...

Collaborateur du Devoir

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