Encore dans le même sens...

Alice Taglioni et Gad Elmaleh dans La Doublure de Francis Veber.
Source: Chrystal films
Photo: Alice Taglioni et Gad Elmaleh dans La Doublure de Francis Veber. Source: Chrystal films

La roue de Francis Veber a toujours tourné dans le même sens. Et si la plupart de ses comédies roulent sans bruit, La Doublure grince, et pas dans le bon sens de l'expression.

On est ici en terrain connu, soit en compagnie de François Pignon, le dindon de la plupart des farces de Francis Veber. Celui-ci a déjà pris les traits de Jacques Brel (L'Emmerdeur, écrit par Veber, réalisé par Édouard Molinaro), Pierre Richard (Les Fugitifs), Jacques Villeret (Le Dîner de cons) et Daniel Auteuil (Le Placard). Dans le cas qui nous occupe, c'est à Gad Elmaleh, un comédien d'une étonnante polyvalence, que revient la tâche de défendre cet homme de la rue plus sentimental que cérébral. Un gars sans raffinement, à qui les machinations de vis-à-vis plus sophistiqués imposent un apprentissage en accéléré des choses de la vie, et qui à son tour finit par donner la leçon aux autres.

Tous les scénarios de Veber, du reste, condensent une série de péripéties loufoques ou rocambolesques générées par une situation de départ inhabituelle. Dans cette comédie inoffensive sur le mensonge et l'imposture, un P.D.G. milliardaire et sans scrupules (Daniel Auteuil) demande à sa maîtresse (Alice Taglioni) de camper chez un voiturier célibataire (Elmaleh) afin de le disculper aux yeux de son épouse (Kristin Scott Thomas), qui le soupçonne d'infidélité. Avec raison, mais sans preuve tangible, mis à part un cliché de paparazzi sur lequel apparaît aussi le pauvre Pignon. Il suffit de fermer les yeux pour imaginer la suite.

Or, Veber, qui nous a habitués à des mécaniques bien huilées, semble avoir perdu un peu de sa maîtrise. Le montage accidenté, les ellipses brutales mettent en évidence des incohérences au plan de la narration (par des développements hâtifs et inexpliqués) et de la continuité temporelle. En outre, la mise en scène de Veber est gauche et purement fonctionnelle, là où celle de cet artisan modeste a déjà été d'une discrète élégance (Le Dîner de cons).

Étonnamment, l'humoriste Gad Elmaleh campe le personnage le plus triste, le plus crédible aussi, de l'histoire, où son pote Dany Boon joue les Auguste, enchaînant les meilleurs gags. Dans le camp opposé, Daniel Auteuil en fait des tonnes, sans grand succès, aux côtés d'un Richard Berry machiavélique et glacé, en avocat qui dirige discrètement le jeu. On sent chez ce dernier personnage une sorte d'alter ego de Francis Veber. Dans une meilleure forme, toutefois.

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