Cinéma - Un «petit» Wajda

Le grand cinéaste polonais Andrzej Wajda tourne moins qu'au temps où le régime communiste le forçait à louvoyer entre interdits et désirs de rébellion. Ses oeuvres sont également beaucoup plus mal diffusées qu'auparavant. On les voit passer en coup de vent, quand elles s'arrêtent ici. Vengeance est sorti sur les écrans polonais début octobre et prend pourtant l'affiche peu de temps après au Beaubien, mais pour quelques jours seulement.

Une pièce du «Molière polonais»

Adaptant une pièce classique d'Alexander Fredro, un auteur de théâtre du XIXe siècle surnommé «le Molière polonais», Wajda fait plaisir à ses compatriotes, lesquels sont nombreux, semble-t-il, à connaître ses répliques par coeur. En outre, il y donne la vedette à Roman Polanski, qui n'avait pas joué avec le cinéaste de L'Homme de fer depuis 1955, dans Generation. C'est donc la rencontre de plusieurs mythes à la fois.

Il est clair que le public d'origine polonaise sera le plus à même d'apprécier cette comédie: en effet, il est familier des codes dramaturgiques, connaît sa propre histoire et peut saisir l'ironie des répliques.

Quoique située dans le château en ruine d'Ogrodzieniec, l'action demeure très théâtrale, collée aux planches, et les comédiens ont tendance à projeter leur voix sans obéir aux normes plus intimes du cinéma. Le film, un peu lourdingue, constitue toutefois un vrai objet de curiosité. L'histoire se déroule au XVIIe siècle, chez une noblesse ruinée, accrochée aux seuls souvenirs de sa splendeur passée. Sont mis en scène deux nobles, ennemis jurés, au milieu de leur entourage, chacun investissant la moitié du même château en ruine avec, pour frontière, un mur de pierre écroulé.

Comme au théâtre classique, des amoureux appartiennent aux clans rivaux et deviennent l'enjeu des querelles paternelles. Polanski incarne Papkin, un être un peu lâche et veule qui se croit héroïque et irrésistible. Un des seigneurs, ruiné, l'a appelé en renfort pour l'aider à convaincre une voisine de l'épouser. Chassé-croisés, quiproquos, comique de situation collé à un monde dont plusieurs repères nous échappent, Molière n'est pas loin, en effet, et parfois Shakespeare.

On ne trouve guère la griffe Wajda dans ce film trop collé au théâtre. La marge de manoeuvre du grand cinéaste n'était sans doute pas très grande et ses comédiens, même Polanski, ne parviennent pas à faire émerger une intimité de ce huis clos, surjouant et cabotinant.

On a pourtant l'impression de mieux connaître la dramaturgie polonaise classique à travers Vengeance, de pénétrer un univers somme toute fascinant... mais qui n'a pas tiré grand avantage de la technique cinéma.