Le Vieux, la nuit

Photo: Jacques Grenier

La nuit, le quartier n'a rien de gris. Illuminé en plongée ou en contre-plongée, il fait son cinéma. Et pour cause: un savant travail d'éclairage, oeuvre du concepteur Gilles Arpin, met en relief ses rues, ses places publiques et ses édifices historiques. Que tombe la pénombre et voilà que la rue de la Commune et la place Jacques-Cartier deviennent fresques de calcaire! Place d'Armes, un bleu azur transfigure la basilique Notre-Dame. Place Vauquelin, un flot d'or embrase l'hôtel de ville. Rue Saint-Paul, les vitraux de la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours s'animent et les hautes façades de la plus vieille rue de Montréal gagnent en verticalité. Au total, une vingtaine de joyaux architecturaux, dont des bâtiments et des rues jalonnant l'ancien tracé des fortifications du Vieux-Montréal, sont ainsi mis en valeur.

C'est dans le cadre de l'entente sur le Vieux-Montréal et le patrimoine montréalais, la fameuse entente MAC-Ville intervenue en 1979 entre le ministère des Affaires culturelles et la Ville de Montréal, qu'est né le Plan lumière auquel la Ville de Lyon a prêté son concours. Un budget de dix millions fut alloué. Conception et réalisation furent confiées aux sociétés montréalaises Groupe Cardinal Hardy, Éclairage Public et Teknika. Le 2 octobre 1996, on braquait les projecteurs sur le premier segment du projet, la rue Saint-Paul.

«À cette époque, peu de villes en Amérique du Nord avaient une préoccupation de lumière, mais en Europe, cette notion faisait déjà fureur, note Gilles Morel, directeur à la promotion et à la mise en valeur du Vieux-Montréal pour la Société de développement de Montréal. En France, par exemple, Lyon avait déjà développé, en dix ans, un volume important d'interventions, et ce qui nous a plu, c'est qu'elle avait commencé elle aussi par une rue à la fois commerciale et résidentielle.»

D'ailleurs, pour une partie des résidants de la rue Saint-Paul, son illumination fut tout un choc. «Ils vivaient dans un quartier relativement noir depuis longtemps et n'avaient pas besoin de rideaux à leurs fenêtres, mais rapidement, ils se sont rendu compte que cet éclairage rendait leur quartier plus sécuritaire, dit M. Morel. Ils pouvaient désormais s'y promener le soir, ce qui a eu pour effet que les commerçants ont prolongé leurs heures d'ouverture.»

Contrôlés par ordinateurs, par des horloges astronomiques ou simplement par des cellules photoélectriques, les éclairages du Vieux-Montréal sont de plusieurs types: fonctionnel et architectural, d'ensemble et ciblé. Si l'éclairage d'ensemble nimbe le quartier de mystère, l'éclairage ciblé magnifie des aspects qui passent peut-être inaperçus le jour. En effet, quelle belle horloge que celle du vieux séminaire de Saint-Sulpice, le plus ancien bâtiment du quartier! Et qui a remarqué que lune et soleil se pourchassent sur celle de l'édifice New York Life Insurance? Tiens donc, voilà un square bien confidentiel tout à côté de l'ancienne gare Dalhousie, d'où s'ébranla, en 1886, le premier train transcontinental de passagers à destination de Vancouver. Quant à l'éperon du musée Pointe-à-Callière, ciel, on dirait un phare dans la nuit!

«Le Plan lumière confère assurément un caractère exceptionnel à l'arrondissement, dit celui qui a créé la Table de concertation du Vieux-Montréal. Personnellement, si je n'avais qu'une seule occasion de faire découvrir le quartier à quelqu'un, je l'y emmènerais le soir.

«J'irais sur la rue Saint-Hélène, où on trouve une belle concentration d'immeubles élégants, à dentelles de pierre, datant du XIXe siècle. Cette rue a aussi la particularité d'être éclairée au gaz, comme à l'époque, à la différence qu'aujourd'hui, coût de main-d'oeuvre oblige, les lampadaires restent allumés 24 heures sur 24. Bref, un soir d'hiver, de petite neige, c'est bien romantique!»

Les rues montréalaises, éclairées à l'huile à partir de 1818, l'ont été au gaz pour la première fois en 1838 et par des lampadaires électriques dès 1880. Le marché Bonsecours, dont le dôme change quatre fois de couleur en un cycle d'une heure, figurerait aussi sur l'itinéraire de M. Morel. «Vu de la rue Saint-Paul, où le marché n'a que deux étages, c'est particulièrement beau. En fait, ce dôme est devenu l'icône du quartier», dit-il.

C'est un quartier où vivent aujourd'hui 4200 personnes (ils étaient 550 en 1976), où travaillent environ 35 000 hommes et femmes et où circulent en moyenne 13 millions de visiteurs par année. Et si on jouait au touriste dans notre propre ville? Cap sur le Vieux, la nuit. Un théâtre unique, tout en clair-obscur.

- Le Plan lumière se poursuit. L'aménagement, en 2007, du nouveau square des Frères-Charon (rues Wellington et McGill) comportera une intervention lumière.

- Pour découvrir le Circuit lumière, consultez le site www.vieux.montreal.qc.ca, qui propose également une banque de données historiques sur chacun des 600 immeubles qui ont pignon sur rue dans le quartier.

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