Climat plutôt morose dans la Vieille Capitale

La fermeture de la boîte de production de Robert Lepage, en juin dernier, a été perçue par plusieurs comme le début de la fin du cinéma à Québec.
Photo: Clément Allard La fermeture de la boîte de production de Robert Lepage, en juin dernier, a été perçue par plusieurs comme le début de la fin du cinéma à Québec.

Québec — «Le climat est assez morose. Il y a un rêve à enterrer», explique Yves Fortin, des productions Thalie. Le tournage de La Trilogie des dragons était attendu depuis longtemps dans la capitale. La fermeture de la boîte de production de Robert Lepage, en juin dernier, a été perçue par plusieurs comme le début de la fin du cinéma à Québec. Le milieu comptait sur ce projet pour relancer la production dans la région. «Ç'aurait été le plus grand projet de tournage jamais vu à Québec», souligne la commissaire du Bureau du film, Lorraine Boily. «On parle d'une envergure jamais vue ici.»

Téléfilm Canada a refusé de financer le projet de Lepage, ce qui l'a mené à fermer Ex Aequo, la boîte de production fondée en 2003 avec Daniel Langlois.

«Nous sommes revenus à la situation qui prévalait en 2000, note M. Fortin. Le pourcentage de travailleurs [techniciens, créateurs] qu'on pouvait trouver à Québec était passé de 50 à 80 %. Là, on est retombés à 50 %.»

De là à parler de «la fin du cinéma à Québec», comme l'avait suggéré Lepage, il y a un pas qu'on ne veut pas franchir. «C'est vrai qu'on a vécu une crise à Québec, mais ce n'est pas la première», insiste Lorraine Boily. «On retombe sur nos pieds, on développe des projets et il n'est pas question de pleurnicher.»

On tourne plutôt des productions plus modestes. Jean-Claude Labrecque prépare un documentaire intitulé Québec intra-muros. Benoît Pilon (Rosaire et la petite nation, Roger Toupin... ) tourne son premier film de fiction, scénarisé par Bernard Émond. Johanne Prégent prépare Le Diable au corps, un téléfilm coscénarisée par Nelly Arcand.

Par ailleurs, on ignore toujours ce qui adviendra des autres projets qui devaient être produits par Ex Aequo, soit l'adaptation de la pièce Gros et Détail d'Anne-Marie Olivier, le film d'Hugo Latulippe sur le conflit israélo-palestinien et un projet de Martin Villeneuve.

En l'absence d'Ex Aequo, les productions Thalie, dirigées par Yves Fortin, s'imposent maintenant contre la plus grosse maison de production de Québec avec, entre autres projets, le film de Jean-Claude Labrecque et le prochain long métrage de Jeremy Peter Allen (Manners Of Dying), qui vient d'obtenir le soutien «au développement» de Téléfilm, une première étape du processus de financement.

Mais Yves Fortin ne tient rien pour acquis. «Nous, on arrive à se maintenir parce qu'on produit aussi des documentaires.»

La capitale, plaide-t-il, a aussi besoin de gros tournages pour faire vivre le milieu. Les productions Thalie ont ainsi décidé de lancer le tournage de La Belle Empoisonneuse de Richard Jutras dès août dernier, même si le film n'avait obtenu que 85 % de son financement. «On a décidé de répondre à la crise par l'action. Si le tournage de La Trilogie avait eu lieu, je n'aurais pas tourné.» Une décision qui n'a rien à voir avec la concurrence, assure M. Fortin. Bien au contraire: «Moi, je ne veux surtout pas être le "régional" de service!»

Collaboratrice du Devoir

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