Panne d'inspiration

Hollywood est en panne d'inspiration, ce n'est plus un secret pour personne. En témoigne depuis quelques années la panoplie de remakes inutiles (Poseidon, The Omen, Wicker Man) et de vaines adaptations de séries télévisées (Charlie's Angels, S.W.A.T., Mission: Impossible), toutes destinées à produire des sequels et des produits dérivés, toutes destinées à enrichir les actionnaires des conglomérats auxquels les studios appartiennent. Jusqu'ici, rien de nouveau.

À l'inverse de ce phénomène, la télévision américaine connaît un véritable âge d'or en ce moment. La sitcom traditionnelle subit une avantageuse mutation formelle et narrative qui la fait passer des vaudevillesques Seinfeld et Friends aux standards de production élevés et sophistiqués à la Sex And The City, The Office et Weed. En outre, avec le nouveau partage de l'auditoire causé par la prolifération des chaînes câblées, les grands réseaux que sont ABC, NBC, CBS et Fox doivent redoubler d'ardeur pour attirer dans leur giron des spectateurs dont le goût et les exigences se sont raffinés au contact des Sopranos, Six Feet Under et autres Deadwood. Ce sont des séries dont la qualité et la facture surpassent celles de bien des films indépendants qui nous sont donnés à voir au grand écran. Comme quoi c'est souvent au petit écran qu'on trouve le meilleur cinéma américain.

Si bien que l'annonce, cette semaine, de la production pour le réseau ABC d'une émission-pilote inspirée du génial The Conversation, de Francis Ford Coppola, m'a laissé perplexe. D'abord parce que le chemin qui sépare le grand écran du petit est plus souvent emprunté en sens contraire. Ensuite parce que la télévision n'a pas besoin du cinéma pour trouver l'inspiration; la télévision est l'inspiration du cinéma, du moins à Hollywood. Enfin parce que le grand cinéaste de The Godfather, qui avait produit ce formidable long métrage sur l'écoute électronique en plein scandale du Watergate (avec un Gene Hackman au sommet de sa forme), a donné son accord et se joint au projet à titre de producteur exécutif.

Le producteur Tony Krantz (24) et les auteurs Christopher McQuarrie (The Usual Suspects) et Erik Jendresen (Band Of Brothers) entendent témoigner, à travers cette série, de la peur et de la paranoïa de l'après-11-Septembre. En outre, ils veulent méditer sur les rapports de l'individu et de l'État, à la lumière sans doute du récent scandale de la National Security Agency qui, sous les ordres de l'administration Bush, a mis des citoyens américains sous écoute électronique, sans mandat judiciaire. McQuarrie confiait cette semaine au magazine Variety que «la suprême élégance et la grande simplicité du film se prêtent à merveille à son adaptation en série. Notre défi consistait principalement à rester fidèles au film».

Le rôle précis de Coppola et son degré d'engagement sont encore flous, le titre de producteur exécutif étant souvent ce qu'on appelle dans le monde du cinéma et de la télévision un vanity title. Mais son film, rappelons-le, est encore d'une pertinence et d'une actualité si criantes que son adaptation télévisée paraît, disons, superflue.

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L'Institut national de l'image et du son (INIS) organise lundi soir une grande projection de films produits par ses étudiants entre 1996 et 2006. Au programme: 12 courts métrages, dont Bluff, d'Ann Arson (Tous les autres sauf moi), Roka, de Mathieu Roy (François Girard en trois actes), et 300 secondes, de Marie-Hélène Copti (Jack et Jacques). La projection aura lieu à la salle Claude-Jutra de la Cinémathèque. Entrée libre.

Collaborateur du Devoir

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