Festival international du nouveau cinéma et des nouveaux médias de Montréal (FCMM) - L'or au Mauritanien Sissako

En attendant le bonheur du Mauritanien Abderrahmane Sissako, Louve d’or 2002 du FCMM. — Photo: Jérôme Plon
Photo: En attendant le bonheur du Mauritanien Abderrahmane Sissako, Louve d’or 2002 du FCMM. — Photo: Jérôme Plon

C'est un film impressionniste sur l'exil intérieur, En attendant le bonheur du Mauritanien Abderrahmane Sissako, qui a remporté la convoitée Louve d'or, hier, au 31e Festival international du nouveau cinéma et des nouveaux médias de Montréal (FCMM). Cette oeuvre met en scène un jeune homme mélancolique dans un village perdu du Mali, mais aussi un vieil électricien et son pupille en un monde de difficile communication et de silences. Le jury s'est montré particulièrement sensible à sa dimension poétique.

Un prix spécial du jury était octroyé par ailleurs à Intervention divine du Palestinien Elia Suleiman, chronique d'amour et de guerre, burlesque et brillante déjà couronnée à Cannes du prix du jury. De fait, plusieurs morceaux primés au grand rendez-vous français ont trouvé ici de nouveaux honneurs en guise de coup d'envoi à Montréal.

Japon, du Mexicain Carlos Reygadas, oeuvre de rédemption et lyrisme qui avait reçu sur la Croisette une mention à la caméra d'or, a obtenu au FCMM le prix du scénario. Quant au populaire Bowling for Columbine, coiffé d'une palme spéciale de festival à Cannes, il a récolté ici le prix du public. Rappelons que le coloré, cabotin et courageux Michael Moore y attaque en documentaire le lobby des armes à feu aux États-Unis. «Je souhaite que son film soit un grand succès au Canada, mais aussi aux États-UnisÉ où ça pourrait aider les choses», a précisé son distributeur chez Alliance, Patrick Roy. Bowling for Columbine jette de fait, un pavé dans la mare des puissants en son pays où il est conspué par les tenants du droit aux armes. Moore, invité à Montréal, mais actuellement au festival de Denver, n'était malheureusement pas parmi nous.

Du côté du documentaire, Gambling, Gods and LSD, du Canadien Peter Mettler, voyage en quête d'une transcendance à travers des expériences mystiques, a reçu le prix ONF. Atom Egoyan, présent hier, a qualifié Peter Mettler d'un des plus grands cinéastes de sa génération. Le prix de la critique AQCC était décerné au documentaire Alexei and the Spring du Japonais Seiichi Motohashi, profil d'un village hors du temps non loin de Tchernobyl. Mention spéciale était octroyée à Casa Loma du Montréalais Carlos Ferrand, haut lieu culturel de la rue Sainte-Catherine où le cinéaste a suivi la vibrante Pol Pelletier et sa troupe. Le jury du documentaire, comme celui de la critique, a célébré la rigueur et le professionnalisme du programmateur Dimitri Eipides, cofondateur du FCMM dont les choix éclairés font consensus.

«Cette édition fut la plus grande réussite en 31 ans de festival», a tranché son directeur fondateur Claude Chamberlan. Effectivement, les salles étaient souvent pleines et les oeuvres, de qualité. Le FCMM, servi entre autres par les salles high tech d'Ex-Centris, s'impose de plus en plus auprès d'une clientèle cinéphile, mais également chez les jeunes. «Le public nous a dit qu'il aimait le festival et venait en grand nombre parce qu'il aimait la sélection. C'est un rendez-vous festif entre le public et les oeuvres», renchérit le directeur général Luc Bourdon.

Toutefois hier des chiffres de fréquentation, à vrai dire absurdes: 100 000 personnes, ni plus ni moins, étaient livrées en pâture aux journalistes. Ces chiffres recouvriraient non seulement les spectateurs en salle, mais également des internautes ayant en accès à des oeuvres sur ordinateur. De plus, Claude Chamberlan parle de 500 000 clics sur le site Internet du festival. Bref, s'il faut tenir compte des nouvelles technologies, il est devenu impossible de comptabiliser quoi que ce soit, en terme de fréquentation. Déjà que le gonflement des chiffres se révèle largement répandu à travers tous les festivals culturels, si les spectateurs deviennent virtuels, on n'en sort plus...

Cette 31e édition fut marquée aussi pas le passage de la grande actrice et veuve de John Cassavetes, Gena Rowlands. La blonde dame, icône du septième art indépendant, a d'ailleurs saisi à Montréal, dans le cadre d'un tournage Kino, une minicaméra pour tourner quelques images floues à l'intérieur d'Ex-Centris. Celles-ci nous furent projetées hier coiffées de la description: premier film de Gena Rowlands!!!

Autres lauriers remis par le FCMM: le loup argenté du court métrage à Dream Work de l'Autrichien Peter Tscherkassky avec mention à Je m'appelle du Français Stéphane Elmadjian. Le prix de la création numérique allait de son côté à Chroma d'Erik Loyer (États-Unis) avec mention à Zeitter des Suisses Claude Hidber et Christian Rohner. Le prix de la meilleure présentation de projet Web interactif couronnait ex-aequo Julie Lapalme pour Tapis à langues et Chia-Yi Tung pour Les Jouets de l'empereur de Chine.

Plusieurs films du festival prendront au cours de l'année l'affiche à Ex-Centris, dont Bowling for Columbine et Intervention divine dès aujourd'hui. Le rendez-vous, quant au reste, plie bagage jusqu'à 2003 du 9 au 19 octobre.