Joyeuse cohue!

Céline Bonnier (à droite), hors du camp de la comédie, offre la meilleure et la plus fine prestation du lot en Jeanne, la fille du mort, écorchée par son enfance, qui cherche l’équilibre avec une lucidité douloureuse et fière. Ginette Reno dég
Photo: Céline Bonnier (à droite), hors du camp de la comédie, offre la meilleure et la plus fine prestation du lot en Jeanne, la fille du mort, écorchée par son enfance, qui cherche l’équilibre avec une lucidité douloureuse et fière. Ginette Reno dég

Il ne faut pas se fier à la bande-annonce, qui assemble les éléments les plus burlesques du film en une cacophonie-choc, trop assourdissante. Le Secret de ma mère, qui assume sa vocation commerciale sans prétention, est une comédie plus fine que ne l'affiche son image promotionnelle. Et il y a fort à parier qu'elle constituera sur les écrans le premier vrai succès québécois de 2006. Les ingrédients de la popularité sont au rendez-vous: une distribution qui, sur le flanc féminin surtout, aligne une pléiade de vedettes, sans tirer le meilleur suc de toutes mais où le nombre fait poids, un scénario qui jongle avec les tons et aligne plusieurs bons gags, des survols d'époque bien rythmés d'un Québec en mutation et une atmosphère à la fois gaillarde et tourmentée, baignée de couleurs.

Un peu comme le Délivrez-moi de Denis Chouinard, qui donnait cette année également la vedette à Céline Bonnier, Le Secret de ma mère aborde les squelettes familiaux, sur une veine beaucoup plus superficielle toutefois, mais avec une mise en scène joyeusement dynamique. Ghyslaine Côté, dont le précédent long métrage, Elles étaient cinq, avait connu une carrière somme toute honorable sur un thème de tragédie, aurait pu s'aligner davantage vers l'oeuvre d'auteur. Elle a choisi de viser le succès commercial, y égare un peu sa marque faute de sonder les profondeurs, mais demeure collée avec entrain à l'univers choral féminin qui l'inspire.

Le noyau de l'action se déroule dans un salon funéraire le jour de l'An, alors que Blanche (Ginette Reno), une veuve depuis longtemps divorcée, reçoit la famille à la mort de son Jos (Guy Thauvette). Le lieu clos où règne un corps sans vie, qui prête par essence aux retours en arrière, aux apitoiements et aux fous rires, devient un théâtre de chassés-croisés en perpétuel mouvement, avec les inévitables flash-back ressuscitant un passé peuplé de fantômes.

Céline Bonnier, hors du camp de la comédie, offre la meilleure et la plus fine prestation du lot en Jeanne, la fille du mort, écorchée par son enfance, qui cherche l'équilibre avec une lucidité douloureuse et fière. Ginette Reno dégage toujours sa merveilleuse humanité, entre rires et larmes, sans posséder l'étendue du registre de Céline Bonnier; leur duo boite parfois et la scène de l'affrontement mère-fille au coeur du film manque de force.

Chaque personnage possède son registre propre, ce qui crée quelques dissonances dans l'ensemble. Clémence DesRochers en soeur de Blanche, qui divague en douce sous les assauts de la maladie d'Alzheimer, joue sur la corde comique, alors que Paule Baillargeon (la soeur Cécile) demeure une figure d'énigme, trop indéfinie. Andrée Lachapelle et Catherine Bégin apparaissent sous-utilisées de leur côté. Marie-Chantal Perron, en névrosée hyper-volubile, en quête des secrets de son passé, se révèle un personnage intéressant, tout en tourbillon nerveux, qui trouvera son calme au contact des révélations sur sa naissance. Les segments couvrant le passé des protagonistes, au cours des années 60 et 70 (avec Joëlle Morin et David Boutin en jeune couple épris), paraissent plus convenus que le cocasse brouhaha du salon mortuaire, mais les belles images de Pierre Mignot, le montage trépidant et plusieurs réparties amusantes sauvent souvent la mise. Avec ses tons multiples, ses figures nombreuses agitées du bonnet, certaines mises à l'ombre, d'autres à la lumière, Le Secret de ma mère, malgré des éléments inégaux, parvient à garder un rythme, à faire rire souvent, à émouvoir parfois. Le film se colle à des valeurs québécoises fédératrices: l'humour, l'entraide, la fête, la transgression, les silences ouatés tirés d'un passé religieux en butte à la modernité au regard droit devant. Le tout sur un ton de joyeuse cohue. D'où l'écho qu'il devrait trouver auprès du grand public, le bouquet de vedettes aidant.

On se demande quand même pourquoi, ficelée par son temps d'action — le premier jour de l'an — pour une sortie au cours du congé des Fêtes, cette comédie sort en plein été. Secret de distributeur...

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