Cinéma - Espoir d'embellie dans le conflit syndical qui divise le Québec

Le conflit syndical qui déchire le territoire cinématographique québécois serait sur le point de se régler. C'est du moins ce qu'affirme l'Alliance des techniciens de l'image et du son (AQTIS) qui a soumis au facilitateur Francis Fox une offre proposant le partage de son territoire avec la section québécoise du géant américain de l'International Alliance of Theatrical and Stage Employees (IATSE).

Depuis janvier dernier, les deux syndicats luttent âprement pour le contrôle du marché québécois. Le conflit a considérablement noirci la carte d'affaires de Montréal à Hollywood, au point que certaines mégaproductions lui ont échappé en raison des hostilités. Inquiétée par cette saignée, l'AQTIS a décidé de mettre de l'eau dans son vin en proposant un compromis au géant américain.

À 75 %, les membres de l'AQTIS ont accepté de céder du terrain à l'IATSE selon une formule comparable à celle qui prévaut dans les autres provinces canadiennes. «L'AQTIS propose de donner à l'IATSE les productions des Majors, comme Universal ou Disney, et les productions indépendantes financées par un Major à au moins 51 % de son budget», explique la présidente du syndicat québécois, Céline Daignault.

Mais cette offre ne trouve pas grâce aux yeux de l'IATSE. Selon le représentant international du syndicat au Québec, Sylvain Bisaillon, l'optimisme de l'AQTIS est quelque peu prématuré, d'autant plus que les conditions proposées ne sont pas aussi intéressantes que celles dont il jouit ailleurs au Canada, notamment à Vancouver. «On tourne un peu en rond avec cette proposition. On est loin d'une grande révélation comme le prétend l'AQTIS», estime M. Bisaillon.

Dans le référendum proposé par l'AQTIS à ses membres, seules deux propositions étaient envisagées. Or une dizaine de scénarios ont été mis sur la table depuis la nomination de M. Fox, fait valoir M. Bisaillon. Quant à la règle du 51 %, elle est vouée à l'échec selon l'IATSE. «C'est une drôle de façon d'accueillir un producteur. Ces compagnies n'ont certainement aucune envie d'être harcelées à propos de leur montage financier souvent très complexe et risquent d'aller ailleurs.»

Les doutes de l'IATSE ne s'arrêtent pas là. Le syndicat aimerait avoir accès aux petites productions indépendantes, voire aux productions québécoises. «Le noeud, c'est que l'AQTIS tient à garder toutes les productions indépendantes, comme I'm Not There, le film de Bob Dylan, par exemple, alors qu'on pourrait nous aussi y avoir accès», remarque Sylvain Bisaillon.

Un fait nouveau change la donne

L'AQTIS, à laquelle la Loi sur le statut de l'artiste accorde l'accréditation exclusive de 16 des quelque 80 postes de techniciens travaillant dans l'industrie cinématographique jusqu'en 2007, estime toutefois que ces productions lui reviennent de plein droit. Sa présidente invite maintenant l'IATSE à prendre ses responsabilités dans une crise qu'elle juge «sans précédent».

Mais les négociations s'annoncent plus ardues que prévu. Un fait nouveau est en effet venu changer la donne à la dernière minute. Jeudi dernier, l'IATSE a demandé à la Commission des relations de travail le droit de représenter les 300 techniciens québécois qui participent à la production de Journey to the Center of the Earth alors qu'ils sont déjà représentés par l'AQTIS.

L'IATSE affirme que c'est là son droit le plus strict. «On maintient que c'est une production en champ libre en vertu du Code du travail, c'est pourquoi on a déposé une demande en accréditation», explique M. Bisaillon. Mme Daignault juge qu'il s'agit plutôt, de la part de l'IATSE, d'«une démonstration de mauvaise foi malhonnête et gourmande» faite au «mépris des lois du Québec». Voilà un élément qui risque fort de troubler les pourparlers de mercredi prochain.

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