À voir à la télévision le vendredi 7 juillet - Solitude urbaine

Elle faisait partie du paysage du cinéma américain depuis plusieurs années, travaillant parfois avec les plus grands (dont Clint Eastwood dans Bird et Unforgiven), mais souvent par stricte nécessité financière (Bad Boys, avec Will Smith... ).

C'est sa rencontre avec le cinéaste américain d'origine israélienne Amos Kollek qui donnera des ailes à Anna Thomson, révélant cette actrice au physique étrange, aux lèvres d'une grosseur démesurée et aux yeux éclatants, dont la tristesse semble imprégnée depuis toujours et à jamais. Et ce n'est pas un hasard si François Ozon l'a choisie pour jouer une transsexuelle dans Gouttes d'eau sur pierre brûlante...

Dans Sue perdue à Manhattan (1998), le film qui allait sceller sa complicité artistique avec Kollek (ils feront par la suite Fiona, Fast Food, Fast Woman, Bridget), Thomson (de son vrai nom Anna Levine) se décompose devant nous d'une manière aussi impudique que troublante. Et c'est sans doute parce que l'on croit, naïvement, qu'elle a tout pour être heureuse que son personnage de femme au bord de l'abîme nous heurte à ce point.

En effet, Sue possède un appartement qui ferait l'envie de bien des New-Yorkais et beaucoup d'hommes rêveraient de s'y installer avec elle. Mais le conte de fées s'étiole assez vite: elle perd son boulot de secrétaire, son propriétaire réclame des mois de loyer impayés et, pour seule famille, Sue n'a que sa mère, perdue dans les brumes de la maladie d'Alzheimer... Elle a pourtant quelques amies, mais guère plus stables, et l'affection d'un journaliste (Matthew Powers) n'arrive pas à la sécuriser. Il n'y a que dans le sexe qu'elle parvient à communiquer — un passant la confond avec une prostituée et Sue n'en est ni surprise ni choquée... — et même cette bouée ne lui évitera pas la noyade. Et c'est ce qu'Amos Kollek raconte avec sensibilité, et surtout sans mièvrerie. La solitude urbaine dans toute son implacable dureté.

Cinéma / Sue perdue dans Manhattan, Télé-Québec, 22h46

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le courrier des écrans. Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.