À voir à la télévision le lundi 3 juillet - Les Bougon à l'italienne

Il s'agissait d'abord d'un documentaire, le prolongement réaliste d'un film de Pier Paolo Pasolini, Accattone (1961). Le cinéaste-poète avait même donné son accord à Ettore Scola (Nous nous sommes tant aimés, La Terrasse, Le Bal) pour tourner une préface à ce portrait sans romantisme des bidonvilles de Rome au début des années 1970. Après l'assassinat de Pasolini en novembre 1975, Scola s'est ravisé et opta pour une fiction qui allait déchaîner les passions sans pour autant remporter un franc succès. C'est avec les années qu'Affreux, sales et méchants (1976) est devenu le sommet (de méchancetés) de la comédie à l'italienne... et son chant du cygne.

Scola n'avait d'ailleurs rien ménagé dans cette charge contre l'hypocrisie des bien-pensants, un électrochoc autant pour la gauche que pour la droite. Sa description des plus pauvres parmi les pauvres avait offusqué ceux qui ne voyaient dans la démarche du cinéaste que mépris, tandis que les catholiques parlaient de pure provocation dans le fait de planter son décor de misère avec le Vatican en arrière-plan. Non, il n'y avait pas de hasard...

Rarement trouve-t-on au cinéma patriarche plus détestable, plus minable, plus grossier et plus lubrique que Giacinto (le grand Nino Manfredi, ici inoubliable), qui fait régner la terreur dans sa famille, tous entassés dans une baraque où le mot promiscuité est un euphémisme... On voudrait bien le voir crever (en essayant, entre autres moyens, de lui servir des spaghettis empoisonnés) afin de s'emparer de son gros butin, acquis après avoir perdu un oeil dans un accident de travail. Mais c'est mal connaître la ténacité et l'ingéniosité de ce vieux bougre, qui ne s'embarrasse d'aucune morale. Ceux qui croient que les Bougon ont tout inventé au chapitre de la provocation vont être surpris de découvrir qu'ils ont des descendants romains bien difficiles à surpasser.

Cinéma / Affreux, sales et méchants, Télé-Québec, 21h

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