Petit monde

Une narration trop pesante. Un récit informe. Des angles de caméra incongrus. Des témoignages en trop gros plans. Des redites, un peu de commérage et beaucoup de suspenses artificiels. Décidément, il faut franchir beaucoup d'obstacles pour arriver à apprécier The Heart of the Game, un documentaire sur le petit monde du basketball féminin amateur que Ward Serrill a mis sept ans à compléter.

Et puisqu'il a pris son temps, le film, également, prend son temps avant de toucher sa cible: nous, dans la salle, d'abord interloqués par tant de défauts visibles, puis peu à peu fascinés par tant de passion déployée.

L'élément fondateur du film est Bill Resler, un professeur de fiscalité qui, le soir et les fins de semaine, entraîne l'équipe de basketball féminin d'une école secondaire de Seattle. Outre sa passion pour ce sport et ses méthodes originales, on saura peu de choses de lui, ce qui en partant rend le film créditeur. On en saura davantage, dans le premier tiers du film, sur une star de l'équipe, qui peu à peu prendra ses distances de lui — Serrill jouant l'arbitre et soutirant séparément (et sans grande subtilité) les confidences de chacun. Le film s'anime réellement avec l'entrée en scène, au tiers du film, de Darnellia Russell, élève afro-américaine ayant du mal à s'intégrer à ce high school trop blanc pour elle, mais qui sur le court fait mordre la poussière à toutes celles qui croisent son chemin vers le panier. Le film suit donc l'évolution de l'équipe, plus particulièrement l'évolution de Darnellia, dont les épreuves personnelles auront un impact sur l'équipe, éventuellement la soudera pour la propulser vers la victoire du championnat de l'État de Washington.

Il manque à The Heart of the Game un fil conducteur solide, qui permettrait au récit de dépasser le collage d'épisodes et de transcender le fil du temps. Hélas, Serrill passe d'un personnage-pivot à l'autre, nous en dit trop sur chacun, et pas assez en même temps, devise sur les fossés racial, sexuel et générationnel, sans toutefois construire un discours vraiment cohérent ou complet sur ces épineux sujets.

La force de son film tient essentiellement dans le filmage et le montage des matchs de basket. Sur le court, on sent toute la profondeur de la passion du cinéaste pour ce jeu d'adresse et de stratégie. Un peu plus d'adresse et de stratégie n'aurait pas déparé le film lui-même. Il eût pour cela fallu que Ward Serrill, qui s'est pourtant rendu jusqu'au bout du délai, aille jusqu'au bout de son projet.

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