Mauvais endroit, mauvais moment

Tout le monde a déjà une idée du propos de ce film, pour avoir lu des articles et vu quelques reportages à la télévision. Aller simple pour Guantánamo ajoute des visages et des personnalités aux pensionnaires de la fameuse prison américaine où ont été incarcérés et interrogés des centaines de «suspects» capturés en Afghanistan.

Le long métrage de Michael Winterbottom et Mat Whitecross raconte l'histoire d'Asif Iqbal, un jeune musulman britannique qui se rend au Pakistan avec trois camarades pour préparer son mariage avec une fiancée choisie par sa mère.

Une fois sur place, ces derniers ont le malheur de se porter volontaires pour aller aider les Afghans qui se préparent à être attaqués (ou libérés) dans les circonstances que l'on sait. On est fin septembre 2001. Ni politisés ni même vraiment religieux, ils avouent agir autant par goût de l'aventure que par souci humanitaire.

Ils arrivent à Kandahar juste au moment où les bombes commencent à pleuvoir. Rendus ensuite à Kaboul, ils demandent à retourner au Pakistan, voyant qu'ils n'ont strictement rien à faire au pays des mollahs. Au lieu de cela, ils aboutissent à Kunduz, un réduit taliban encerclé par l'Alliance du Nord. Trois d'entre eux — le quatrième est porté disparu — finissent par en être évacués avec les autres étrangers, mais ils tombent aux mains des soldats de l'Alliance. Maltraités par ces derniers, les captifs sont transférés vers une prison britannique où ils sont maintenant battus et interrogés par des agents de Sa Majesté et par d'autres qui travaillent pour l'armée américaine. Deux d'entre eux sont transférés à Guantánamo, où ils passeront plus de deux ans.

Le film combine les témoignages des vrais protagonistes et des scènes tournées avec des acteurs qui en étaient à leur première expérience de cinéma. Le tournage a eu lieu en Grande-Bretagne, au Pakistan, en Afghanistan et, surtout, en Iran. Les faits relatés n'ont pas été recroisés, reconnaissent les réalisateurs, mais ils correspondent assez bien à ce qu'ont raconté d'autres prisonniers libérés sans accusation. Le réalisateur n'a pas forcé la note pour susciter l'indignation. Les scènes de brutalité sont dures mais restent bien en deçà des images prises à Abou Ghraïb.

Ce qui ressort le plus, c'est probablement la bêtise humaine. Bêtise des geôliers encore aveuglés par le choc du 11 septembre. Bêtise de George W. Bush qui déclare dans un document d'archives que les gens emprisonnés à Guantánamo sont tous des gens «mauvais et dangereux». Ce n'est pas l'impression qu'on a en suivant les mésaventures de ces garçons à peine sortis de l'enfance, qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Enfin, bêtise bureaucratique des interrogateurs, qui prétendent arriver à la vérité en appliquant la fine psychologie de Torquemada. On ne peut que rire en entendant l'un d'eux demander tout de go: «Où est Ben Laden?»

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