L'Ange bleu

L'affiche de Superman Returns ne ment pas. La descente à la verticale du superhéros en collants bleus sur notre monde aux mille périls est à interpréter comme la visite d'un ange sur la Terre. Ou comme celle d'un Sauveur, statut remis en cause par la journaliste Lois Lane (Kate Bosworth) qui, après cinq ans passés à attendre son preux chevalier volant, parti retrouver les restants de Krypton, a décidé de ne plus y croire. En fait foi son article intitulé «Pourquoi la planète n'a pas besoin de Superman», qui lui a valu le Pulitzer mais dont le contenu, désuet dès l'instant où le redresseur de torts plane sur Metropolis, ne nous sera jamais communiqué.

Qu'à cela ne tienne, Superman Returns, réalisé par le doué Bryan Singer (The Usual Suspects, X-Men), a d'autres chats à fouetter. En fait, le scénario articule séparément puis fait converger deux intrigues. La première, intime et sentimentale, place Superman (et son alter ego Clark Kent, qui a retrouvé ses fonctions au Daily Planet) dans un triangle amoureux formé de la reporter et de son fiancé (James Marsden), qui prend soin du fils de Lois comme du sien — mais de qui est-il, exactement? La seconde oppose le superhéros à son rival de toujours, le mécréant Lex Luthor (Kevin Spacey), qui a violé son sanctuaire arctique et dérobé les cristaux kryptoniens qui, mis au service du Mal, pourraient sonner le glas de l'Amérique du Nord.

S'ils n'ont pas toujours la main légère, les scénaristes Dan Harris et Michael Dougherty ont le coeur solide et, surtout, à la bonne place. Tout en menant tambour battant deux intrigues bien troussées, ils philosophent avec une certaine finesse (compte tenu du contexte), et un optimisme piqué d'incertitude (la foi finit par vaincre la raison), sur l'état du monde et du Mal.

Singer mord là-dedans à belles dents, même si on sent, tout du long, que son coeur balance entre l'action et la réflexion, le drame et la comédie. Sa mise en scène, à cet égard, prend valeur de jeu, où chaque scène donnée à voir est également sujette à interprétation. Si bien que l'expérience Superman Returns peut varier considérablement pour chaque spectateur.

D'un film à l'autre, le fossé est incommensurable, et la nostalgie n'y peut rien. Le générique d'ouverture, calqué sur celui du film que Richard Donner a réalisé en 1978 (avec en prime la musique originale de John Williams), ne laisse planer aucun doute quant au respect des auteurs pour le passé cinématographique de Superman. Peu à peu toutefois, le film, progrès technologique oblige, se détache du modèle, réinvente l'iconographie, réinterprète la symbolique, sans jamais perdre dans l'image cet aspect vieillot, ou «vintage», moins redevable au film antérieur qu'à la bédé de Jerry Siegel et Joe Shuster, parue pour la première fois en 1933.

Brandon Routh campe un Superman gracieux et viril à la fois, combinaison difficile à obtenir, encore plus difficile à maintenir tout au long des deux heures et demie que dure le film. Outre un corps de Dieu bien de circonstance, l'acteur a l'avantage d'être un illustre inconnu, si bien qu'aucun fantôme de personnages antérieurs ne vient hanter son espace de jeu. Dans une situation diamétralement opposée, Kevin Spacey compose un Lex Luthor tonique mais retenu, son charisme et le contraste que lui oppose la pétillante Parker Posey, qui joue sa complice mi-figue, mi-raisin, faisant le reste. Kate Bosworth n'a pas l'étoffe d'une héroïne, mais la voir bondir sans se décoiffer sur les cloisons d'un avion en chute libre l'aide à gagner notre sympathie, et inaugure le périlleux chemin qu'elle ouvre pour nous vers la foi retrouvée. Un ange passe.

Collaborateur du Devoir

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